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Interview de Yașar Yakıș sur Radio Made in Turkey

Ecrit par Pakize, 2013-09-16 12:31:09


Yașar Yakıș : « Les Turcs d’Europe occidentale doivent s’intégrer pleinement dans la vie politique des pays dont ils sont les citoyens »

Ce mardi 10 septembre, la radio franco-turque « Radio Made in Turkey (MIT) » a interviewé Monsieur Yașar Yakıș, ancien ministre des Affaires étrangères de Turquie.

S’exprimant dans un français parfait appris dans un modeste lycée de la province de Kütahya, M. Yașar Yakıș parle également l’anglais mais aussi l’arabe. Il est le diplomate turc ayant occupé les fonctions les plus longues (12 ans) au Moyen-Orient et principalement en Arabie Saoudite, en Syrie et en Egypte.

Actuellement Senior Associate Member à Oxford, Yașar Yakıș a intégré le ministère des Affaires étrangères de Turquie, en 1962, dés la fin de ses études de Sciences politiques à l’Université d’Ankara. Parmi les différentes responsabilités qui lui ont été confiées, M. Yașar Yakıș a tout d’abord occupé des fonctions variées tant au Consulat Général de Turquie en Belgique qu’à l’Ambassade de Turquie au Nigeria, mais a également été Conseiller à l’Ambassade de Turquie en Syrie ou encore Consultant de la Délégation de Turquie auprès de l’OTAN à Bruxelles.

En 1988, M. Yașar Yakıș est nommé Ambassadeur de Turquie à Riyad en Arabie Saoudite, puis en 1995, est nommé Ambassadeur de Turquie au Caire en Egypte. De 1998 à 2000 il devient représentant de la Turquie en qualité de représentant permanent auprès de l’Office des Nations Unies.

Enfin, en 2001 il co-fonde, avec d’autres personnes, le parti pour la justice et le développement (AKP) qui remporte les élections législatives du 3 novembre 2002 et intègre le gouvernement de M. Abdullah Gül en qualité de ministre des affaires étrangères. Il est élu député de Düzce dés 2002 et réélu en 2007. Elu dès sa création à la tête de Commission d’Harmonisation avec l’Union Européenne, il préside également le Groupe d’amitié France-Turquie.

Cette expérience diplomatique a fait de M. Yașar Yakıș une réelle figure d’autorité en matière de politique étrangère. Officier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur, décoré en 2009, M. Yașar Yakıș a bien voulu éclairer les auditeurs de Radio MIT sur la politique actuellement menée par le gouvernement turc tant en Turquie qu’à l’international.

La politique intérieure de la Turquie

L’AKP, une success story ?

Même s’il se définit lui-même comme une personne n’ayant aucun intérêt dans la politique, cela n’empêche pas que M. Abdullah Gül voie en M. Yașar Yakıș une personnalité importante dans le projet de création d’un nouveau parti.

En effet, en 2001, et alors que M. Yașar Yakıș enseigne encore la Politique étrangère et la Diplomatie de l’eau auprès des Universités de Bilkent et Hacetepe, à Ankara, il ne rêve que d’une retraite paisible sur les terres de son grand-père à Akçakoca, à écrire ses mémoires de 40 années de diplomatie, tout en poursuivant l’enseignement.

C’est un appel téléphonique de M. Abdullah Gül qui reportera à beaucoup plus tard ces projets de retraite. Rencontré au cours de son Ambassade à Riyad, M. Abdullah Gül, qui était alors conseiller à la Banque Islamique de Développement, lui demande de faire partie des membres fondateurs du parti pour la justice et le Développement (AKP). M. Yașar Yakıș accepte cette nouvelle mission et sa connaissance des affaires étrangères sera la base du programme de politique étrangère de l’AKP.

Ce programme deviendra ensuite celui du gouvernement lorsque l’AKP, à peine créé, remporte un succès retentissant aux élections anticipées de novembre 2002 puis de nouveau en 2007.

« Plusieurs raisons peuvent expliquer le succès de ce parti selon M. Yașar Yakıș. Tout d’abord, en la personne de M. Recep Tayyip Erdoǧan, à la tête du parti. Ce dernier a gravi chaque marche de la grande échelle politique, et en a appris toute la finesse depuis ses débuts dans des succursales provinciales du Refah parti dont il était membre. » explique Monsieur Yakıș.

Un des autres points forts de l’AKP a été d’être très présent dans les quartiers défavorisés.

Le contrôle des 2/3 des sièges au parlement étant assuré, cela n’a pu qu’apporter une stabilité dans l’environnement direct.

De plus, la Turquie se trouvait à un tournant majeur puisque pour remplir les conditions d’adhésion à l’Union Européenne, elle devait procéder à de nombreuses réformes tant sur les principes de démocraties, les droits fondamentaux que relatives à une économie transparente.

Toutes les réformes achevées en Turquie en dix-huit mois, entre fin 2002 et 2004, ont été plus importantes que toutes celles intervenues au cours des 80 dernières années, soit depuis la naissance de la République turque, ainsi que l’avait fait remarqué M. Günther Verheugen, Commissaire à l’élargissement de l’Union Européenne de 1999 à 2004.

Tous les mérites de ces grandes avancées en ont été attribués à l’AKP, puisqu’il s’agit du parti du gouvernement en place.

« Absolute power Corrupts absolutely : Un pouvoir absolu corrompt absolument »

L’invité explicite : « Le succès de l’AKP est devenu son plus grand point fort. Paradoxalement, ce point fort est le point faible du parti. »
Car chaque action, chaque parole d’un pouvoir dit « fort » va être scrutée à la loupe, et la plus petite erreur va avoir une grande importance. Ainsi qu le fait remarquer M. Yașar Yakıș, « c’est au moment où l’on est le plus fort que les erreurs commises auront des conséquences qui seront le plus remarquées ».

L’AKP étant devenu assez fort, le parti a pu se permettre de faire des choses qui ont été critiquées, cependant M. Yașar Yakıș met en garde « il y a lieu d’en considérer les effets secondaires afin de ne pas se heurter à un groupe dans l’opinion publique ».

M. Recep Tayip Erdoǧan, un autocrate ?

M. Yașar Yakıș n’est pas d’accord avec le terme d’« autocrate » dont la presse française affuble le premier ministre turc. Bien au contraire, M. Yașar Yakıș décrit M. Recep Tayyip Erdoǧan comme étant un homme aimant consulter ses collègues, à un tel point que le système de consultation au sein de l’AKP a été le plus développé par comparaison aux autres partis. M. Yașar Yakıș ajoute que M. Recep Tayyip Erdoǧan est un « homme soucieux du détail mais qui n’interfère pas avec les personnes qu’il a lui-même déléguées pour une prise de décision. »

L’autoritarisme de M. Recep Tayyip Erdoǧan trouve sa source dans le succès : bien conseillé dans ses débuts, il a pris les bonnes décisions et le succès de ses décisions l’a conduit à se passer de conseils.

Et pourtant, à Gezi…

M. Yașar Yakıș reconnaît que la crise a été plutôt mal gérée concernant les évènements ayant eu lieu à Gezi Park. En effet, il déplore qu’ « on aurait pu agir de façon plus souple, dés le début », d’ailleurs, des voix dissidentes comme M. Bulent Arinç ou le président M. Abdullah Gül ont émis des critiques contre l’utilisation disproportionnée de la force. « Le parti a compris qu’il devait agir différemment » mais il y a eu un entêtement de part et d’autre.

Par contre, M. Yașar Yakıș dément certaines rumeurs et tient à assurer que « les évènements de Gezi ne sont pas les seuls éléments pris en considération pour l’attribution des JO de 2020, il précise que « c’est l’impression générale que donne un pays qui fait la différence. Gezi n’est pas l’élément qui a été décisif, mais peut avoir été un des éléments qui ont été pris en considération ».

Une Laïcité à la dérive… ?

Comme M. Yașar Yakıș le faisait déjà remarquer, en devenant fort, l’AKP a pris parfois des positions très critiquées. Concernant les accusations selon lesquelles le premier ministre tenterait d’imposer au pays son propre mode de vie religieux et de s’immiscer dans la vie privée, M. Yașar Yakıș répond qu’en ce qui concerne l’alcool, la Turquie se contente de faire la même chose que certains pays d’Europe occidentale où existent notamment des licences, à savoir règlementer la distribution de l’alcool. Il fait également remarquer que, si l’initiative avait été prise par un autre parti, tel que le CHP, la réaction du peuple aurait été différente.

M. Yașar Yakıș rappelle que la pratique de la laïcité est « profondément différente » en Turquie. En effet, si la Turquie a adopté la laïcité en s’inspirant de la France, il n’en demeure pas moins que la pratique en soi est très différente en ce que, en Turquie, c’est « l’Etat qui dicte de quelle façon être laïc ».
Issu d’une tradition Ottomane, le Califat ayant été aboli, il était nécessaire de le remplacer. D’où la Direction générale des affaires religieuses, elle-même gérée par le gouvernement, gérant les mosquées, faisant ainsi des imams des fonctionnaires publics.

M. Yașar Yakıș explique cependant que la laïcité mise en œuvre depuis quelques décennies a « peut être blessé les sentiments des personnes proches de la religion » et celles-ci se sont donc détournées de l’Etat dans sa pratique de la laïcité. L’AKP s’intéresse aux besoins religieux de la population, ce qui justifierait que cette dernière se sente plus proche de ce parti.

Ce rapprochement peut être ressenti comme une menace pour les laïcistes qui, dés lors, sur réagissent en critiquant le gouvernement de prendre des mesures contraires aux principes de la laïcité de la République Turque. « Cette division n’aurait pas eu lieu si la religion était conçue et appliquée comme dans les pays d’Europe occidentale ».

Une influence du mouvement Nurcu de Fetullah Gülen ?

Selon M. Yașar Yakıș, le parti AKP et le mouvement guleniste font « partie du même bateau », néanmoins ils ont des opinions divergentes sur certains points tels que les événements de Gezi ou encore le Mavi Marmara. Il s’agit de deux foyers de pouvoirs différents mais non contradictoires dans la lignée stratégique. L’influence du mouvement guleniste étant « plus marquée et plus forte dans certains pays à l’étranger qu’en Turquie même. »

Une ascension économique fulgurante

M. Yașar Yakıș nous rappelle que, depuis l’arrivée d’AKP, les Turcs ont vu leur pouvoir d’achat tripler et que la Turquie est « l’un des pays qui progresse le vite économiquement ».

S’il est vrai que la Turquie n’a pas son propre constructeur automobile et qu’elle fait appel à la sous-traitance, M. Yașar Yakıș affirme que le gouvernement a incité les entreprises à lancer de nouveaux projets. « Malheureusement c’est plus difficile à mettre en place que ce que l’on croit » souligne M. Yașar Yakıș.

Aussi, il y a lieu de replacer le contexte géopolitique, car le fait que la zone soit instable n’incite pas beaucoup à investir en Turquie

Toutefois, M. Yașar Yakıș note que la « petite amélioration » de la situation en Syrie ces dernières 48 heures, a eu son impact positif sur la bourse à Istanbul. Selon M. Yașar Yakıș, la Turquie a tout un potentiel mais la politique étrangère limite actuellement le développement économique en Turquie.

L’ouverture kurde

A propos de l’éventuelle création d’un Etat indépendant kurde, M. Yașar Yakıș précise : " Je dis simplement qu’un peuple de 40 millions de personnes, répartis dans 4 pays différents, peut aspirer à un Etat indépendant. Il faut admettre qu’il s’agit là d’un voeu légitime pour un peuple aussi grand. Mais je ne dis pas qu’il y a lieu de diviser la Turquie pour cela ».

M. Yașar Yakıș rappelle que le peuple kurde est la plus grande population qui n’ait pas son propre Etat. Une région autonome existe déjà au Nord de l’Irak. La Turquie ne pouvant empêcher ce qui se passe sur le territoire Irakien, M. Yașar Yakıș a conseillé M. Abdullah Gül, dés la création de l’AKP, d’entretenir de bonnes relation avec cette région autonome.

De la difficulté de défendre son modèle républicain et unitaire…

Le raisonnement de M. Yașar Yakıș part du principe que l’on ne peut empêcher une personne d’employer sa langue maternelle, que ce soit dans sa propre famille ou dans l’administration. Ainsi, dans le cadre des réformes démocratiques dont la Turquie a pris le chemin, il faudrait commencer par autoriser la communauté kurde à parler sa propre langue maternelle, notamment dans les municipalités même de la région. Une personne se sentant lésée du simple fait de sa langue maternelle ne peut se sentir pleinement citoyenne d’une nation rejetant sa langue maternelle.

Selon lui, il y aurait lieu pour cela de s’inspirer de certains modèles tels qu’en Alsace où les communes tiennent compte de la langue maternelle de la population majoritaire. Ou encore des modèles mis en place en Hongrie ou en Croatie, qui accordent des droits spécifiques à certaines minorités originaires des pays voisins, par l’instauration de quota à atteindre par exemple.

Le propos de M. Yașar Yakıș n’est donc pas de diviser la Turquie, car il souligne que la plus forte communauté d’origine kurde étant concentrée à Istanbul, si un Etat indépendant kurde était finalement créé, ce serait dans une région radicalement à l’opposé d’Istanbul.
Dans ces conditions, M. Yașar Yakıș ne croit pas, qu’en tant que citoyenne d’un pays de 76 millions d’habitants, ayant un accès à la mer, une personne puisse préférer retourner dans une région totalement enclavée.

Outre l’ouverture kurde, la Turquie propose de nombreux grands projets d’ici à 2023 (3ème pont du Bosphore, le Canal Istanbul, 3ème Grand aéroport…) Parmi ces projets, on s’interroge sur une éventuelle Présidence de M. Recep Tayyip Erdoǧan.

M. Recep Tayyip Erdoǧan, président ?

Yașar Yakıș pense que Recep Tayyip Erdoǧan peut devenir le prochain Président de la République turque, parce qu’il a mené le parti depuis sa création et que le crédit de ce qui a été achevé lui revient. Il ne lui reste qu’un seul échelon à gravir. Toutefois, M. Yașar Yakıș tient à nuancer car le contexte international dans lequel la Turquie évolue, et notamment le contexte général du Moyen Orient, influence beaucoup la Turquie, tant d’un point de vue économique que politique.

Bien que l’AKP jouisse d’un appui de « 51% » l’ouverture kurde peut mener le gouvernement à un enlisement, de même que la situation en Syrie, qui pourrait avoir des effets néfastes sur le succès de M. Recep Tayyip Erdoǧan. Si l’ouverture kurde aboutie, tous les paramètres seront à changer dans la région, aussi bien en Turquie qu’au Moyen Orient. De même que si la question de la Syrie n’est pas résolue, des conséquences négatives peuvent se répercuter sur la Turquie, telles que la dépense de centaines de millions de dollars pour héberger les réfugiés syriens.

Le contexte est très important car de là dépendra le succès ou l’échec de M. Recep Tayyip Erdoǧan dans l’accession à la Présidence de la République.

La politique extérieure de la Turquie

Yașar Yakıș nous fait partager son analyse experte de la situation au Moyen Orient, du fait de sa présence pendant 12 ans, dont 4 années en Syrie et 4 années en Egypte.

Une intervention armée en Syrie ?

Contrairement à la position du gouvernement, Yașar Yakıș n’est pas en faveur d’une intervention militaire en Syrie. Selon lui, « ce n’est pas l’affaire des pays étrangers de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays ». M. Yașar Yakıș poursuit « il n’est pas logique, de fournir des armes à un pays comme la Syrie et d’affirmer ensuite que c’est pour réduire les tueries. »

M. Yașar Yakıș fait remarquer qu’au sein d’une même famille il peut y avoir des divergences d’opinions, l’un soutenant le régime, l’autre soutenant les rebelles, et qu’à ce titre, la société syrienne n’est pas délimitée par une ligne franche, chacun dans un camps. Il est donc erroné de penser qu’il n’y a que des opposants en Syrie, de même que « c’est une erreur de penser que tous les opposants au régime sont du côté de la Turquie ».

Quant au rôle du Front Al Nosra, si la Turquie nie officiellement que cet organisme a des liens avec Al Qaïda, M. Yașar Yakıș déclare cependant qu’il existe plusieurs rapports qui affirment que les membres du front Al Nosra traversent les frontières sans aucune difficulté et utilisent le sol turc afin de lancer des attaques contre le PYD, la branche du PKK en Syrie.

« La Turquie n’avait vraiment pas besoin de s’enliser autant que cela » dans le conflit, mais M. Yașar Yakıș suppose que le gouvernement a dû penser que la chute de M. B. El Assad était imminente, et qu’il y avait lieu de couper les ponts. Bien que cela se soit avéré être une erreur, pour M. Yașar Yakıș, il aurait fallu maintenir la communication, pour mieux influencer la Syrie. Maintenant que la Turquie s’est retirée, c’est la Russie et l’Iran qui ont pris le relais.

Il est important que l’erreur commise avec la Syrie, de couper les ponts, ne soit pas reproduite en Egypte.

En effet, M. Yașar Yakıș estime que la Turquie a eu la bonne réaction, notamment en rappelant l’ambassadeur pour consultation, mais sans couper les relations diplomatiques avec l’Egypte.

S’opposant aux allégations du Secrétaire d’Etat américain, M. J. Kerry, qui affirme que la destitution du Président, par l’armée égyptienne, est intervenue « pour rétablir la démocratie », Yașar Yakıș soutient la position du gouvernement turc qui désigne cette destitution comme un coup d’Etat militaire. Néanmoins, Yașar Yakıș estime qu’il n’y a pas lieu, pour la Turquie, d’aller plus loin et de s’immiscer dans les affaires de l’Egypte. En comparant l’Egypte d’aujourd’hui, à la Turquie des années 80, à l’époque où « les militaires étaient omniprésents et tout puissants en Turquie » pour pouvoir s’imposer au gouvernement : « la Turquie de cette époque-là aurait elle accepté une telle ingérence...? »

De par sa position géographique, l’actualité du Moyen Orient comporte des enjeux très importants pour la Turquie, de même que son adhésion à l’Union Européenne.

Une adhésion à l’Union européenne toujours en discussion

M. Yașar Yakıș est plutôt favorable à l’adhésion de la Turquie dans l’union européenne, il précise cependant qu’il s’agit là d’un sujet à débattre dans dix ans « car la Turquie qui va adhérer à l’Europe n’est pas celle d’aujourd’hui". De même que l’Union Européenne qui accueillera la Turquie ne sera plus la même dans le temps.

Concernant les conditions d’adhésions spécifiquement imposées à la Turquie, Yașar Yakıș l’explique par le fait que, outre la tranche de 25% de l’opinion publique farouchement opposée à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, et la tranche de 25% qui y est plutôt favorable, il reste une tranche de 50% de l’opinion publique des pays de l’UE qui varie en fonction des circonstances. C’est surtout cette tranche-là qu’il y a lieu de convaincre, afin de stabiliser leur opinion. Quoiqu’il en en soit, en Turquie même, les difficultés économiques dans lesquelles se sont enlisés certains pays de l’Union européenne ont rendu cette adhésion moins attractive.

Des relations malgré tout privilégiées avec la France

Bien que M. Yașar Yakıș déplore que la période de la présidence de Nicolas Sarkozy ait été difficile pour les relations franco-turques, il n’a pas manqué de déployer une activité sans relâche auprès de ministres, de parlementaires et personnalités français du bien fondé des ambitions de la Turquie.
Entre présidents du Groupe d’amitié France-Turquie à l’Assemblée Nationale, M. Michel Diefenbacher et M. Yașar Yakıș ont organisé nombre de programmes de visites, en France et en Turquie, que ce soit dans des villes provinciales, dans des universités, le tout étant d’établir aussi un contact avec le peuple et d’aller au-delà d’une position officielle. Pour Yașar Yakıș ça a été une expérience très réussie. M. Yașar Yakıș était également un farouche défenseur de l’organisation de la Saison de la Turquie en France qui s’est tenu de juillet 2009 à mars 2010.

Parmi les personnalités politiques françaises qui ont profondément marqué M. Yașar Yakıș, l’invité cite notamment Hubert Haenel, ancien sénateur du Haut-Rhin et homme Sage à l’échelle de l’Union européenne qui « a toujours été un grand ami de la Turquie ». Au rebours, M. Yașar Yakıș ne citera aucun nom de personnalité qui se sera fait remarqué de par ses préjugés négatifs. En effet, pour Yașar Yakıș, le politicien peut « opter pour une attitude contraire à l’histoire, contraire aux intérêts de la France, ou encore à l’amitié franco-turque, mais il y a toujours une raison qui le pousse à agir ainsi. »

Outre les relations amicales entre la France et la Turquie, il est un autre domaine où nous pourrions renforcer la coopération, à savoir les intérêts économiques.

Citant l’exemple de l’usine de Renault à Bursa, dont les véhicules produits sont ceux qui comportent le moins de défauts en comparaison à tous ceux issus d’usines de France, M. Yașar Yakıș insiste sur les possibilités énormes de coopération entre la France et la Turquie. Excellent exemple d’autant plus que, M. Nicolas Sarkozy, qui avait émis la possibilité de faire retirer Renault de Bursa, a dû renoncer à ce projet face à une vive réaction de la part de l’industrie, la qualité des usines turques ayant fait pencher la balance du bon côté.

Une présence turque en Afrique

On peut noter également une coopération croissante entre la Turquie et l’Afrique où le nombre d’ambassades de Turquie est passé de 12 en 2001 à 34 aujourd’hui.

Selon Yașar Yakıș, si la Turquie n’a pas toujours eu la même présence en Afrique, cela peut s’expliquer par le fait que la Turquie avait d’autres priorités. A présent, la Turquie a les ressources nécessaires destinées à financer sa présence aux moyens d’ambassades notamment. Mais M. Yașar Yakıș ne pense pas qu’il y ait un pays ou un intérêt particulièrement ciblé.

En revanche, ceux qui déplorent le plus l’absence de la Turquie à leurs côtés sont les peuples turcique.

Le sentiment d’abandon des peuples turciques

En effet, si les responsables azerbaïdjanais ou ouighours se plaignent de ce que la Turquie néglige les peuples turciques d’Asie centrale, du Caucase ou encore du Turkestan oriental, M. Yașar Yakıș tente d’être rassurant et explique notamment que la Turquie continue de mener une politique traditionnelle vis-à-vis de ces pays, cependant, la situation au Moyen Orient, étant « plus brûlante », monopolise l’attention de la Turquie.

Yașar Yakıș souligne la difficulté d’établir une zone de libres échanges avec ces pays, non seulement du fait la difficulté de les détacher de leurs relations très étroites avec la Russie d’une part, mais aussi du fait, d’autre part, des contraintes découlant de la candidature de la Turquie à l’Union Européenne, qui, dans le cadre de l’union douanière, impose un marché unique.

Et les Franco-Turcs dans tout ça ?

Un constat que Yașar Yakıș a dressé au cours de ses années d’exercice en Belgique, les Turcs établis dans des pays d’Europe occidentale s’étaient organisés autour de la religion, sous forme d’associations, en vue de faire construire des mosquées. « 15, voire 20 années plus tard, il en est toujours de même ». Or, pour M. Yașar Yakıș, il est important d’aller au-delà de cet axe.

A l’époque de la fondation de l’AKP, Yașar Yakıș avait pourtant suggéré à Recep Tayyip Erdoǧan une attitude à adopter à l’égard des Turcs vivants à l’étranger, à savoir ne pas les considérer comme « une source de devises étrangères », mais les encourager à s’intéresser à la politique locale, au sein du pays dans lequel ils vivent. M. Yașar Yakıș souligne également l’importance, pour les Turcs établis dans des pays de l’UE « d’utiliser leurs ressources pour mieux s’intégrer à la société dans laquelle ils vivent. ».

M. Yașar Yakıș émet le vœu qu’à travers le succès de cette politique, la présence de la communauté turque dans les pays d’Europe occidentale sera différente à terme.

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