EURTRY:

Accueil > Nos rubriques > Actualité > Ali Kazancigil : "Il est difficile de (...)

Ali Kazancigil : "Il est difficile de comprendre pourquoi Erdogan cède à cette ’paranoïa’ autoritaire"


Ecrit par Ufuk, 2013-06-19 10:24:46


Le 31 mai, les quelques centaines de Stambouliotes qui protestaient contre le déracinement d’arbres du parc Gezi étaient violemment délogés par la police. Depuis, le mouvement s’est élargi au point de représenter aujourd’hui la plus vaste fronde contre le gouvernement depuis son arrivée en pouvoir en 2002. Politologue, universitaire et ancien correspondant du journal Le Monde à Ankara, Ali Kazancigil revient sur les enjeux de cette contestation.

A la tête du gouvernement turc depuis 2003, Recep Tayyip Erdoğan a été reconduit par la population en 2007 puis en 2011. Après 10 ans de pouvoir, son succès est-il en train de s’éroder ?

C’est assez paradoxal. Le Premier ministre Erdogan a été l’auteur de nombreuses réformes importantes : il a transformé son pays en vue d’une adhésion à l’Europe, affaibli le pouvoir militaire, amélioré l’économie et fait énormément progresser l’Etat-providence. Si l’on ajoute à cela la faiblesse de l’opposition, il est difficile de comprendre pourquoi Erdogan cède à cette "paranoïa" autoritaire.

Celle-ci braque une partie des populations urbaines, mais peut-être pas non plus la majorité des Turcs. Une grande partie des citoyens des petites villes anatoliennes, des zones rurales voire des grandes villes le soutiennent, parce que leurs difficultés économiques ont pour eux plus d’importance que les problèmes écologiques ou de droits de l’homme.

Cependant, les manifestants des grandes villes viennent de tous les segments de la société, des jeunes et des moins jeunes, des kemalistes, des membres de l’extrême-gauche mais aussi des femmes voilées et des musulmans pratiquants qui prient le soir sur la place Taksim.

Comment expliquer cette diversité ?

Depuis une trentaine d’années, la Turquie connaît une vraie révolution sociale. L’économie turque s’est ouverte au monde et la croissance a augmenté. Et ce mouvement s’est accéléré sous Erdogan et le parti AKP.

La société civile s’est individualisée et structurée, elle ne s’efface plus ni devant l’autorité politique, ni devant l’autorité morale et religieuse. Ce phénomène de sécularisation provoque une certaine peur des autorités traditionnelles, puisque désormais les Turcs réfléchissent par eux-mêmes. Et ils ont bien montré qu’ils n’étaient plus un troupeau de moutons !

Enfin, l’opposition traditionnelle entre le "bloc laïc" et le "bloc musulman" n’est plus pertinente. Ces deux blocs se sont fissurés, il y a aujourd’hui des musulmans anticapitalistes, écologistes, libéraux, et des laïcs démocrates, nationalistes, etc. Ce n’est plus, et depuis longtemps, la religion qui structure la société turque. Il faut donc cesser de voir simplement la Turquie comme un "pays musulman", et assimiler la contestation actuelle au printemps arabe ! (...)

- Lire la suite sur Toutel’Europe.eu

Mot-clé :
#OccupyGezi
Plan du site | RSS 2.0 | Copyright Turquie News 2006-2019 | Mentions légales PageRank