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Propagande et terrorisme arméniens, depuis 1972 - partie 3/3

Plier les sources à ses thèses : quelques exemples contemporains de propagande dans des publications à prétention universitaire


Ecrit par Maxime Gauin, 2013-04-18 10:38:24


Turquie News vous présente la troisième et dernière partie de la française du texte de la conférence prononcée par Maxime Gauin à la London School of Economics and Political Science, le 15 mars dernier. L’évènement était organisé par la Fédération des associations turques du Royaume-Uni. Les autres intervenants étaient Andrew Mango (ancien chef du service turc de la BBC, membre du comité de rédaction de la revue londonienne Middle Eastern Studies), président de séance, Tadeusz Swietochowski (professeur à l’université Monmouth, aux États-Unis) et Patrick Walsh (docteur en histoire).


Sommaire :


Vous pouvez également lire les première et deuxième partie de la conférence.


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III) Plier les sources à ses thèses : quelques exemples contemporains de propagande dans des publications à prétention universitaire

  • A) Sources allemandes

Le premier exemple est fourni par le sociologue arméno-américain Vahakn N. Dadrian, dont les travaux sont largement cités par la plupart de ceux qui défendent la qualification de « génocide arménien ». Avec M. Dadrian, nous ne quittons pas le cercle des défenseurs du terrorisme arménien, puisqu’il a écrit : « On peut supposer que la nature de l’idéalisme révolutionnaire est tel qu’il crée ses propres normes et que la terreur est alors un moyen d’affirmer ce qu’il est impossible de faire entendre autrement [1]. » Cette phrase concerne le terrorisme commis à l’époque ottomane, mais les défenseurs des CJGA/ARA comme de l’ASALA n’ont jamais dit autre chose et, à ma connaissance, n’ont jamais été critiqués par M. Dadrian.

« Talat déclara à l’ambassadeur Hohenhole que La question arménienne n’existe plus » et M. Dadrian présente cette citation comme une confession maladroite de culpabilité, mais en fait, le sociologue inverse purement et simplement le sens de ce qu’a dit Talat :

« Le deuxième jour de ce mois [septembre 1915], Talat me donna la traduction en allemand de divers ordres qu’il avait envoyé par télégraphe aux autorités provinciales, concernant la persécution des Arméniens (les copies sont jointes à ce rapport). Avec ces documents, il souhaitait fournir la preuve que le gouvernement central essaie sérieusement de mettre fin aux émeutes qui avaient éclaté contre les Arméniens dans le centre du pays, et que ceux qui sont déportés reçoivent des provisions pendant le voyage. Quelques jours plus tôt, en référence à cela [souligné par moi], Talat m’avait dit [en français] : “La question arménienne n’existe plus [2].” »

Taner Akçam, un ancien thésard de Vahakn N. Dadrian, déforme le sens d’un autre document allemand, le rapport envoyé par l’ambassadeur Hohenhole le 25 septembre 1915. Pour cela, il invente purement et simplement un mot qui ne figure pas dans ce texte. M. Akçam prétend en effet qu’Hohenhole a traité Talat de « menteur [3] », un mot qui est absent du document [4]. Bien au contraire, dans une dépêche envoyée le 14 septembre, Hohenhole nia que Talat dupât la diplomatie :

« Par ailleurs, il n’y a pas de preuve à ce jour que la Porte ait projeté une ‟tromperie audacieuse” de l’ambassade impériale [allemande] par sa note en question [5]. »

  • B) Sources ottomanes

M. Akçam affirme que « la déclaration la plus claire, montrant que la politique du gouvernement [CUP] vis-à-vis des Arméniens [pendant la Première Guerre mondiale] avait pour but leur annihilation se trouve dans un télégramme envoyé le 29 août 1915 par le ministre de l’Intérieur Talat Pacha à la province d’Ankara [6]. » En réalité, ce télégramme consiste surtout en une liste d’interdictions contre toute violence à l’égard des Arméniens déplacés :

« La question arménienne qui se posait dans les provinces orientales est résolue. [Pour autant], il est inutile d’endommager l’image de notre nation et de notre gouvernement par des actes de cruautés qu’aucune nécessité ne justifie. En particulier, l’attaque récente qui a eu lieu contre des Arméniens près d’Ankara a causé beaucoup de regret au ministre, qui a constaté que l’évènement s’est produit suite à l’évidente incompétence des officiers chargés de superviser le transfert des Arméniens, et à l’audace de gendarmes et d’habitants de la région, qui ont agi en suivant leurs instincts bestiaux, violant et volant les Arméniens. Le transfert d’Arméniens, qui doit être appliqué dans l’ordre et avec prudence, ne doit jamais, à l’avenir être confié à des individus animés d’une hostilité fanatique, et les Arméniens — tant ceux qui sont transférés que les autres — doivent absolument être protégés contre toute agression, contre toute attaque. Dans les lieux où une telle protection ne pourrait pas être assurée, le transfert doit être reporté. À partir de maintenant, les officiers chargés [du transfert] seront tenus pour responsables, compte tenu de leur rang, de toute attaque qui se produirait, et renvoyés en cour martiale. Il est nécessaire de donner des ordres très stricts à cet égard, au personnel concerné [7]. »

M. Akçam soutient que note de Talat au grand vizir, en date du 26 mai 1915, n’a jamais été traduite en turc moderne, ce qui est faux ; et, plus grave, il prétend qu’elle constitue « la réfutation la plus claire possible de la version officielle turque, laquelle insiste pour dire que les politiques concernant les Arméniens furent le résultat des exigences de la guerre. Au contraire, la politique unioniste visait à résoudre la question des réformes arméniennes d’une façon définitive [8]. » Pour arriver à une telle conclusion, M. Akçam coupe plusieurs paragraphes du document, qui présente sans équivoque le déplacement forcé comme une mesure principalement motivée par « les attaques à main armée conte les forces de sécurité et les soulèvements armés ». Par exemple :

« Malheureusement, alors que les moyens d’arriver à une solution définitive à ces problème [par des réformes] commençaient à se mettre en place, certains Arméniens vivant dans des lieux proches du champ de bataille se sont récemment lancés dans des activités créant des difficultés à notre armée, dans son combat contre l’ennemi pour protéger les frontières ottomanes. Ces Arméniens tentent d’empêcher les opérations de notre armée, ainsi que le transfert du matériel et des munitions. Ils joignent leurs aspirations et leurs activités à celles de l’ennemi et combattent à ces côtés. À l’intérieur du pays, ils n’hésitent pas à organiser des attaques à main armée contre les forces de sécurité, et contre des civils innocents, à tuer et à piller dans les communes ottomanes, à aider la marine de l’ennemi et à informer ce dernier sur l’emplacement de nos forteresses. La conduite de tels éléments rebelles a rendu nécessaire leur retrait forcé des zones d’opérations militaires, ainsi que l’évacuation des villages qui servaient de bases et de repaires aux insurgés. »

L’allusion aux réformes n’est qu’incidente et n’est pas la raison principale donnée par Talat pour justifier le déplacement forcé.

M. Akçam élimine aussi toute référence aux mesures de protections prévues pour les Arméniens déplacés, en particulier cette phrase :

« Il a été décidé d’assurer le confort de ces sujets sur le chemin conduisant aux lieux de réinstallation qui leur ont été assignés, d’assurer leur arrivée sur place, de faciliter leur repos, la protection de leurs vies et de leurs biens pendant le voyage. [9] »

M. Akçam n’hésite pas à déformer le sens d’autres sources publiées. Par exemple, tentant de trouver une « preuve » d’intention génocidaire, il s’appuie sur les Mémoires d’Halil Menteşe, président de la Chambre ottomane des députés, mais en fait, le livre dit « exactement le contraire » de ce que M. Akçam lui fait dire [10]. M. Akçam prétend aussi que les points 5 et 10 du mémorandum présenté par le député Fuat Bey en 1918 traitaient des déportations d’Arméniens. En fait, même le mot « Arménien » n’est pas utilisé dans ce texte [11]. Une conférence entière ne suffirait pas à donner la liste de toutes les déformations délibérément opérées par Taner Akçam [12].

Conclusion

Les continuités à travers les époques sont frappantes : quoique discrédités, des faux grossiers furent utilisés pour justifier des actes terroristes et sont encore utilisés par des « historiens » autoproclamés, qui n’ont aucun diplôme en histoire ; le principal changement, depuis les années 1980, c’est l’usage récurrent de sources authentiques, mais délibérément tordues et mutilées. L’historien canadien Gwynne Dyer remarquait en 1976 : « Le battement du tambour assourdissant de la propagande, l’absence totale de sophistication des arguments, qui servent à prêcher, décennie après décennie, un public conquis d’avance autant qu’ému, sont des handicaps majeurs de l’historiographie arménienne dans la diaspora aujourd’hui [13]. » Malheureusement, des remarques très similaires pourraient être encore faites en 2013, non pas cette fois contre l’historiographie arménienne en général, mais contre son courant dominant.

Tant qu’il restera à la mode dans la diaspora arménienne d’acclamer avec fierté le terrorisme, d’utiliser des preuves discréditées [14], et même d’attaquer vicieusement les universitaires arméniens et proarméniens qui tentent de défendre la qualification de « génocide arménien » avec des arguments plus rationnels [15], je vois peu d’espoirs pour la nécessaire réconciliation entre Turcs et Arméniens, au-delà du niveau individuel. Ce genre de comportements immoraux doivent être contrés par des arguments historiques, et, lorsque cela est possible, par des procès.


[1Vahakn N. Dadrian, Histoire du génocide arménien, Paris, Stock, 1996, p. 253 (voir aussi pp. 108-109). Ce passage a été relevé par Malcolm E. Yapp dans son compte-rendu critique du livre : Middle Eastern Studies, XVII-4, octobre 1996, pp. 395-397, http://www.tallarmeniantale.com/yapp.htm

[2Document publié par Wolfgang Gust : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs/1915-09-04-DE-001 (version originale en allemand) http://www.armenocide.de/armenocide/armgende.nsf/24599fab3538b532c1257794007b610b/300f11530a3eacfdc1256d3d006c1e43!OpenDocument (tradution en anglais). Ironie : cette traduction est « assurée par le Zoryan Institute », que dirige M. Dadrian.

[3Taner Akçam, The Young Turks’ Crime against Humanity, Princeton-Oxford, Princeton University Press, 2012, p. 380. Il est incroyable que ce live, soumis à une critique dévastatrice, restée sans réponse, après sa parution en turc, ait été traduit par les presses d’une respectable université : Erman Şahin, “Review Essay : the Armenian Question”, Middle East Policy, XVII-1, Spring 2010, pp. 144-163, http://www.turkishcanadians.com/wp-content/uploads/armenian_question.pdf

[6Taner Akçam, The Young Turks’…, p. 203.

[7Hikmet Özdemir and Yusuf Sarınay, Turkish-Armenian Conflict Documents, Ankara : TBMM, 2007, p. 235.

[8Taner Akçam, The Young Turks’ p. 132, n. 29, 134 et 136-137. Le document est déformé d’une façon un peu moins grossière dans Un acte honteux, Paris, Denoël, 2008, p. 170.

[9Hikmet Özdemir et Yusuf Sarinay, Turkish-Armenian Conflict Documents, Ankara, TTK, 2007, pp. 58-59.

[10Taner Akçam, Un acte honteux, Paris, Denoël, 2008, p. 167 ; Hilmar Kaiser, entretien à l’Armenian Weekly, 8 mars 2008, http://khatchigmouradian.blogspot.co.uk/2008/03/interview-with-hilmar-kaiser.html and “A Deportation that Did Not Occur,” The Armenian Weekly, numéro spécial, avril 2008, pp. 17-18, http://www.armenianweekly.com/wp-content/files/AW_Apr08.pdf#page=16

[11Ferudun Ata, “An Evaluation of the Approach of the Researches Who Advocate Armenian Genocide to the Trials Relocation”, dans Mustafa Aydın (dir.), Türk-Ermeni İlişkilerinde Yeni Yaklaşımlar Uluslararası/The New Approaches to Turkish-Armenian, İstanbul, İstanbul University Publications, 2008, p. 561.

[12Pour d’autres exemples d’utilisation malhonnête des sources et d’erreurs maladroites dans Un acte honteux : Erman Şahin, “A Scrutiny of Akçam’s Version of History and the Armenian Genocide”, Journal of Muslim Minority Affairs, XXVIII-2, été 2008, pp. 303-319, http://tc-america.org/files/news/pdf/Erman-Sahin-Review-Article.pdf ; et ATAA, “Review of A Shameful Act”, http://www.ataa.org/reference/pdf/akcam.pdf

[13Gwynne Dyer, “Turkish ‘Falsifiers’ and Armenian ‘Deceivers’ : Historiography and the Armenian Massacres”, Middle Eastern Studies, XII-1, 1976, p. 101.

[15Pour des exemples de telles attaques : Sebouh Aslanian, “The Treason of Intellectuals’ : Reflection on the Use of Revisionism and Nationalism in Armenian Historiography”, Armenian Forum, II-4, février 2003, pp. 1-38 ; http://www.armenianweekly.com/2009/11/04/aghjayan-confessions-of-an-angry-armenian-revisited/ http://groups.yahoo.com/group/ChicagoHyeLife/message/439

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