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Procès de Sirma Oran-Martz contre Laurent Leylekian, compte rendu et analyse

Ecrit par Ilker TEKIN, 2013-01-30 02:00:00


[( [/ « La résistance est individuelle, elle ne se réfère à aucun programme. »
Philippe Sollers/] )]

[(Mise à jour du 28 février 2013
Laurent Leylakian a été condamné par le tribunal. Pour plus de détails, voir : Leylekian : Echec et mat...
)]

Résister, un acte individuel

Sirma Oran-Martz, citoyenne française d’origine turque, en sait quelque chose. Seule, comme le sont toujours ceux ou celles qui, les premiers, refusent de céder aux injustices et de détourner leur regard, elle s’est opposée à la turcophobie dont elle est victime depuis des années.

Seule, face à un torrent de boue, d’injures, de haine, d’intimidation, de racisme, de déshumanisation, d’accusations délirantes tendant à vouloir la mêler à un « vaste programme négationniste puissant, pervers et sophistiqué » qui serait mené par l’« Etat turc » lui-même, aussi puissant que fantasmatique, et chargée d’une identité criminelle contre laquelle elle ne devrait pas même avoir droit de se défendre, réduite au silence, blessée dans son être, blessée mais debout, elle a démontré à travers son geste que non, décidément, la résistance ne se réfère à aucun « programme » et qu’elle est de surcroît un combat individuel et risqué pour la dignité humaine.

Sirma Oran-Martz est une femme admirable, de la même trempe que Rosa Parks. Son geste de résistance s’apparente dans sa structure, à celui de cette femme noire américaine qui, durant les années où sévissait la ségrégation raciale aux Etats-Unis, refusa de se lever dans le bus où elle voyageait pour laisser sa place à un « blanc », parce qu’elle « noire » n’avait pas les mêmes droits que cet homme « blanc », étant considérée comme une citoyenne « inférieure ».

Arrêtée par la police, condamnée à une amende de 15 $, elle fit appel de ce jugement, aidée par un jeune pasteur, alors inconnu, Martin Luther King. Son geste permit de rendre anticonstitutionnelles les lois ségrégationnistes dans les bus en vigueur aux Etats-Unis.

L’histoire de Sirma Oran-Martz remonte à 2006. Alors candidate dans la liste des Verts alliés des Socialistes pour les élections municipales de Lyon, on la « convoque » un jour devant une sorte de tribunal improvisé afin de la contraindre à se positionner en faveur de la reconnaissance du « génocide arménien », ce que, médusée, elle fait devant cette assemblée.

Cela ne suffisant apparemment pas à ses accusateurs, quelque temps après, on lui demande de confirmer par écrit. Refusant de se plier à ces méthodes inquisitoires d’une autre époque, elle claque la porte de la liste des Verts.

Ces méthodes d’une rare violence morale, constituent en outre un racisme nauséabond mais bon teint. En effet, rendre des comptes sur des faits historiques parce que l’on est d’une certaine origine ethnique ou nationale revient à « évaluer » une personne selon cette origine. Sur cette voie, pourquoi dès lors ne pas soumettre à chaque citoyen d’origine turque un « questionnaire » sur la qualification juridique des événements de 1915 – moralement les crimes commis contre les Arméniens de l’Empire Ottoman sont évidemment condamnés – à chacune de ses activités, jusqu’à celle de circuler et de vivre…

Par ailleurs, le Royaume-Uni rejette également le qualificatif de « génocide » pour le cas de la tragédie arménienne, pourquoi ne pas soumettre pareil interrogatoire à chaque Britannique ? Pourquoi, également, ne pas isoler chaque citoyen d’origine américaine pour le forcer à qualifier les massacres des Amérindiens de « génocide », ou chaque citoyen d’origine japonaise pour les massacres de Chine ? Trouverions-nous normal que les Français de l’étranger soient soumis à pareil traitement sur les questions des massacres vendéens ou algériens ? Non, évidemment ! Or ces méthodes humiliantes, scandaleuses et xénophobes sont employées en toute impunité contre les personnes d’origine turque, en France.

Atteinte et effarée par le traitement qu’elle a eu à subir mais résolue à lutter contre le racisme dont elle est victime, Sirma Oran-Martz décide de porter plainte contre le maire de Villeurbanne Jean-Paul Bret, un des initiateurs de cet « interrogatoire » sur les événements de 1915, contraignant la jeune candidate à s’exprimer publiquement sur le sujet.

Le procès eut lieu en novembre 2009, au tribunal correctionnel de Lyon dans une ambiance exécrable et menaçante. À chaque mot de Sirma Oran-Martz et de la partie civile, des dizaines d’activistes de la « cause arménienne » poussaient des cris d’insulte, huant la plaignante.

La décision du tribunal deux mois plus tard (5 janvier 2010) n’augurait rien de bon pour la justice et l’égalité entre les citoyens de notre pays. En effet, les magistrats relaxaient Jean-Paul Bret pour ses agissements et condamnaient Sirma Oran-Martz à 1 500 € d’amende pour « constitution de partie civile abusive. » Condamnation qui n’est pas sans rappeler l’amende de 15 $ infligée à Rosa Parks parce qu’elle avait refusé de céder sa place à un homme « blanc ».

À la suite de ce verdict, l’un des activistes les plus virulents de la « cause arménienne », Laurent Leylekian, publia un éditorial titré « Martz Attack » dans les pages du magazine bimensuel « France Arménie » (édition du 10 au 16 janvier 2010) dans lequel il « attaque » justement Madame Sirma Oran-Martz en des termes haineux d’une rare violence.

La trame du texte est totalement paranoïaque. Ainsi, une « race » d’êtres presque non humains ( « hideuses figures de Gremlin » , « intelligences vastes, froides et hostiles », « voleurs de corps/d’esprits ») appelée « négationnistes turcs », dont Sirma Oran-Martz ferait partie ( « Mme Martz et ses semblables » ), téléguidée ou du moins « issue » d’un « Etat turc » s’employant à envahir le monde (« et n’en doutons pas, c’est une véritable « Guerre des mondes » », « qui [les « négationnistes turcs »] n’ambitionnent que de le [le monde] suborner, de le subvertir pour finalement le soumettre ») afin de mettre en oeuvre un programme caché (« sous l’apparence de gentils E.T », « l’Empire négationniste mène une stratégie à long terme »), programme dissimulé sinon sournois (« “Ils sont déjà parmi nous”. Qui ça ? Les négationnistes turcs, infestant et infectant les structures sociales et politiques des pays de l’Union européenne ») d’invasion afin de « voler les esprits » des humains (« ami humain, le négationniste est ton ennemi ! »).

Ce type de discours ferait doucement sourire un psychiatre, étant un cas assez classique de paranoïa avec les symptômes qui l’accompagnent : croyance en un plan, programme caché afin de mettre la main sur le monde, de le « soumettre » comme dit dans le texte, par des êtres qui ne sont même plus dans la dissimulation mais qui sont dissimulation, d’essence dissimulatrice, et que le paranoïaque se fait un devoir de débusquer, de combattre sinon d’éradiquer.

Or, ce qui serait à ranger dans une étagère d’hôpital psychiatrique parmi d’autres cas devient éminemment plus dangereux lorsque cela provient d’un responsable communautaire dont la parole touche de nombreuses personnes et dont la fonction lui confère un vernis de « sérieux ».

Ce qui est le cas de Laurent Leylekian, un des principaux activistes de la « cause arménienne » en France et ancien président de la "Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie" (FEAJD) [1] de 2001 à 2009.

Cette parole influence même ceux qui devraient pourtant être les plus neutres possible, les magistrats en l’occurrence, la phrase « un négationnisme d’Etat puissant, pervers et sophistiqué » provenant du procès de 2010 dans l’affaire qui opposait Sirma Oran-Martz à Jean-Paul Bret.

Le déroulement du procès

Une plainte, après cette attaque xénophobe envers la personne de Madame Oran-Martz, fut déposée et le procès s’est tenu ce jeudi 24 janvier 2013.

Pour les besoins de celui-ci, Sirma Oran-Martz était défendue par Maître Charles Morel, ses témoins étaient Maxime Gauin (historien), Murat Erpuyan (professeur à l’INALCO) et Jean-Patrick Martz (mari de Madame Oran-Martz).

Pour sa part Laurent Leylekian était défendu par le Bâtonnier Christian Charrière-Bournazel, ses témoins étaient Hilda Tchoboain (activiste de la « cause arménienne »), François Rochebloine (député de la Loire), Yves Ternon (médecin de profession).

Laurent Leylekian a souvent contredit sa propre parole lors de l’audience et fait preuve d’une grande confusion d’esprit, ce qui n’est pas pour étonner.

À la question du président du tribunal : « vous avez fait votre article en vous basant sur la décision du tribunal, à quel moment vous trouvez qu’il y est question de négationnisme ? » Leylekian a répondu : « je ne suis pas juriste j’ai vu ça dans le jugement du tribunal de Lyon ».

L’activiste de la « cause arménienne » a par ailleurs, une nouvelle fois, montré sa propension à la paranoïa.
Au constat du président : « Madame Sirma dit avoir détesté cette manifestation [celle de 2006 à Lyon organisée par les Français d’origine turque contre l’édification d’un monument mémoriel] car récupérée par des extrémistes des deux côtés. Ce n’était pas une manifestation contre le génocide arménien, mais contre l’édification d’un monument et ce qui est écrit sur ce monument : « les jeunes-turcs », qu’elle trouvait cette expression dangereuse. Madame Sirma n’apparaît pas sur les 8 photos [photos présentées par la défense de cette manifestation et censées prouver son caractère extrémiste] que vous nous avez soumises. Et que sur ces photos effectivement on voit des drapeaux turcs et des pancartes sur lesquelles étaient inscrites : « n’alimentons pas les haines et les rancunes. »
Laurent Leylekian a aussitôt rétorqué : « Tout ça ce sont des écrans de fumée, Monsieur le Président. Je ne crois pas une seconde aux propos cités. »
Leylekian a également montré son penchant pour les théories du complot en affirmant que ce procès s’inscrivait dans un vaste programme turc qui vise à « criminaliser » ceux qui défendent la « cause du génocide arménien ».

Lors du témoignage de l’historien Maxime Gauin, qui rappelait les exactions commises par la Fédération Révolutionnaire Arménienne (F.R.A) dans les années 1920, Laurent Leylekian eut peut-être sa seule réaction sensée lors de son procès : « mais en 1920 je n’étais pas né. » Or, Sirma Oran-Martz non plus n’était pas née en 1915.

Enfin, dans le registre de la contradiction de ses propres positions, Laurent Leylekian a déclaré qu’il avait écrit ce texte dans un esprit de « débat d’idées » avec Sirma Oran-Martz. Hormis le fait qu’il n’y a pas l’once d’une « idée » dans son texte, il a répondu au président qui lui demandait s’il accepterait de débattre avec Madame Oran-Martz, qu’il ne débattait pas avec ces « gens-là ».

Les témoins

...de Laurent Leylekian

Hilda TCHOBOIAN

Le premier témoin de la défense était le député de la 3e circonscription de la Loire, François Rochebloine. Invité, peut-être, pour donner une caution politique à la défense de Laurent Leylekian, le député a loué les qualités de ce dernier, en affirmant qu’il le connaissait « bien. »

Loin d’apporter le poids de la respectabilité politique, la présence du député de la Loire a surtout montré les liens qu’il pouvait y avoir entre des responsables politiques et des activistes communautaires, alimentant un des importants problèmes de notre pays, le phénomène du communautarisme. François Rochebloine est par ailleurs connus pour sa défense de l’occupation du Haut-Karabagh – territoire azéri – par l’Arménie qu’il va soutenir jusqu’au sein même de l’Assemblée nationale.

Hormis le fait que l’occupation d’un pays par un autre reste condamnable, les forces arméniennes aidées par les Russes ont commis d’innombrables atrocités sur la population azérie, en particulier dans la ville de Khodjali située au cœur du Haut-Karabagh où dans la journée du 26 février 1992, plus de 600 Azéris ont été massacrés dont 63 enfants et 106 femmes.

Ainsi, soutenir dans le même geste la « cause arménienne » parce qu’elle repose sur une tragédie, comme le fait François Rochebloine depuis des années, et appuyer l’occupation d’une région qui a vu des massacres et des déplacements de population massifs, montre le peu de sérieux de la posture « humaniste » du député.

Le second témoin de Laurent Leylekian était Yves Ternon. Médecin chirurgien de formation, ce dernier s’est intéressé sur le tard aux génocides, et s’est proclamé spécialiste de l’étude comparée des génocides. Sa méthode, simple, consiste à prendre des caractéristiques propres à la Shoah et tenter de les coller aux événements de 1915.

Ce chirurgien a commencé par écrire sur la médecine nazie, dans les années 1960. C’est dans les années 1970 qu’il s’est intéressé au « génocide arménien », sujet dont, selon ses propres déclarations, il ignorait tout avant de recevoir de la documentation de la part, exclusivement, d’Arméniens.

Ses livres sur le « génocide arménien » sont entièrement de seconde main. Il n’y a pas de trace d’un travail aux archives, même françaises et anglo-saxonnes.

Jean Loyrette, docteur en histoire et avocat des parties civiles au procès de l’attentat d’Orly, a déclaré, dans sa plaidoirie :

« Les trois ouvrages publiés en français [Jean-Marie Carzou, Gérard Chaliand, Yves Ternon], et qui sont sans cesse repris dans les procès arméniens ou dans les tracts des groupuscules révolutionnaires sont l’œuvre d’amateurs qui n’ont pas une véritable formation d’historien, ignorent la langue turque et ne font jamais référence, ne serait-ce que pour le critiquer, au moindre document turc. Ils portent une responsabilité dans cette œuvre de désinformation, et cette responsabilité est d’autant plus lourde qu’ils savent parfaitement que des deux côtés, les passions devant l’ampleur du drame sont à vif. »

Yves TERNON
L’ "historien spécialiste du génocide arménien" qui ne comprend ni l’arménien, ni le turc, ni l’ottoman (osmanli)...

Yves Ternon a également, par le passé, témoigné en faveur des terroristes de la « cause arménienne ». S’il n’a pas osé témoigner au procès de l’attentat d’Orly (commis par l’ASALA – « Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie » – au comptoir de la Turkish Airlines de l’aéroport d’Orly qui fit 8 morts et 52 blessés), il a été témoin de la défense pour des terroristes arméniens à Genève (1981), Aix-en-Provence (1982) et Paris (1984).

Ainsi, tout au long de son intervention comme témoin sur la question arménienne les références à la Shoah ont modulé le discours d’Yves Ternon : « c’est un fait historique puisque l’intention génocidaire est prouvée par des preuves indirectes, même pour la Shoah on ne trouve pas des documents signés pour la décision d’exterminer tous les juifs d’Europe », « les personnages qui nient la Shoah sont des menteurs tout simplement », « en fait il [Henry Rousseau créateur du mot « négationnisme »] le [le « négationnisme »] définit initialement comme la négation de l’holocauste il se réfère à l’holocauste » ou encore « que l’on parle du génocide arménien, du génocide tutsi ou de l’holocauste ».

Une étude comparée aussi simpliste ne mériterait même pas une ligne d’analyse. Malheureusement, Yves Ternon fait figure d’« autorité » dans les milieux des activistes arméniens plus que chez les historiens, cela va sans dire.

Pour Yves Ternon l’histoire est une « comparaison », c’est pour cela qu’il n’a jamais pris la peine d’apprendre ni la langue turque, ni la langue arménienne, et « encore moins », selon ses propres mots à la sortie du tribunal, l’Ottoman ce qui, pour un « spécialiste » de la question arménienne sous l’Empire Ottoman, montre le peu de sérieux à accorder au cas.

C’est comme si une personne, depuis les Etats-Unis, qui ne serait pas de formation historienne et ne connaîtrait pas un seul mot de Français, s’autoproclamait « spécialiste » des massacres de Vendée. À ce stade, il ne reste plus que la comparaison pour essayer de s’en sortir, en effet.

Et cette comparaison avec la Shoah a ceci d’intéressant pour Yves Ternon que cet événement a été largement étudié et commenté, si bien qu’il n’y a plus de travail de réflexion à faire pour le « spécialiste », mais simplement un travail de transposition, anachronique par ailleurs, car le modèle, qu’est la Shoah, s’est déroulé, dans le temps, après les événements de 1915.

Si nous suivons la méthode comparatiste d’Yves Ternon, rejeter le qualificatif de « génocide » aux événements de 1915 reviendrait à nier la Shoah. C’est ce qui se passe pourtant de nos jours – voir par exemple les « Assises Nationales de la lutte contre le Négationnisme » .

C’est à ce genre d’absurdités que l’histoire et la raison sont confrontées et qui les prend en otage sous la pression d’activistes communautaires et de politiques en manque d’idées, se rabattant sur un moralisme grossier et donc sans avenir.

Le mouvement « Liberté pour l’Histoire » est d’ailleurs né en réaction à cette situation, où l’histoire se met à la botte du politique ce qui pour une démocratie est évidemment dangereux. Il n’est pas anodin que le « spécialiste » Yves Ternon ait signé une lettre ouverte contre le collectif « Liberté pour l’Histoire ».

Le troisième et dernier témoin de la défense était Hilda Tchoboian. À l’instar de François Rochebloine et d’Yves Ternon, elle a loué Laurent Leylekian et a affirmé lui trouver des qualités de mesure, de raison etc. Chacun appréciera.

Présentée sur Wikipedia comme « une militante des Droits de l’homme, d’origine arménienne », Hilda Tchoboian est surtout connue pour avoir été présidente de la « Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie » (FEAJD) et de la « Maison de la culture arménienne » (MCA) située dans la ville de Décines-Charpieu. Elle a également reconnu appartenir à la FRA Dachnaktsoutioun.

Or en juillet 2008, une plaque en l’honneur de cinq terroristes d’origine arménienne a été inaugurée dans cette même « maison de la culture arménienne » à Décines-Charpieu. Ces cinq terroristes (surnommés par la suite les « cinq de Lisbonne ») sont morts dans un attentat suicide en 1983 à Lisbonne contre l’Ambassade de Turquie. Lors de leur assaut, les terroristes arméniens ont tué un policier portugais, blessé un autre et se sont fait exploser à l’intérieur de l’Ambassade tuant l’épouse d’un diplomate turc.

Ils étaient membres de l’ « Armée révolutionnaire arménienne » (appelée « Commandos des justiciers du génocide arménien » entre 1975 et 1983), c’est la branche terroriste de la FRA – créée par le congrès de 1972, active à partir de 1975, mise en sommeil dans la deuxième moitié des années 1980.

À la question de l’avocat de la partie civile, de savoir si elle condamnait cette plaque et cette célébration du terrorisme dans les locaux mêmes où elle a été présidente, Madame Tchoboian ne l’a pas fait, ce qui en dit long sur la conception assez particulière que Madame Hilda Tchoboian se fait des « droits de l’homme ».

D’ailleurs, c’est là une des failles du système des « droits de l’homme », son manque de discernement entre une cause et ceux qui la portent. Des extrémistes peuvent ainsi passer pour des « défenseurs des droits de l’homme » ce qui d’une part ne fait avancer ni la paix, ni la justice et d’autre part fragilise la légitimité des « droits de l’homme » dans leur fonctionnement.

Les témoins de la partie civile

Le premier témoin de la partie civile était l’historien Maxime Gauin. Il a mis en perspective trois points importants :

1) Son expérience personnelle en tant que victime des activistes arméniens : il a obtenu la condamnation de Movsès Nissanian pour injure publique, le 27 avril 2010 – les faits remontaient à février 2008. Lors du procès (janvier 2010), il n’a pu obtenir le calme qu’en menaçant de porter plainte à nouveau.

Par ailleurs, Maxime Gauin a porté plainte dans un poste de police du VIe arrondissement de Paris en octobre 2008, pour des propos orduriers tenus impunément sur le forum en accès libre d’armenews.com. Quelques heures plus tard, le forum était fermé.

Lors du procès de Sirmar Oran-Martz contre Jean-Paul Bret, en novembre 2009, l’ambiance était exécrable, menaçante.

Ces rappels permettaient pour l’historien de donner au tribunal une idée du climat de violence verbale dans lequel Laurent Leylekian s’en est pris dans son éditorial « Martz attaque » à Sirma Oran-Martz.

Maxime Gauin a également souligné le fait que l’historien allemand Hilmar Kaiser, bien que favorable à la qualification de « génocide » pour les événements de 1915, n’hésitait pas à dire que l’historien Yusuf Halaçoğlu, qui récuse pour sa part le qualificatif de génocide concernant ces événements, lui était supérieur sur bien des points sur cette question et qu’il n’hésitait pas à discuter avec lui. Si bien qu’une discussion dépassionnée et raisonnable était possible sur la question arménienne, loin du fanatisme manichéen des activistes arméniens, représentés en l’occurrence par Laurent Leylekian.

2) La récusation de la qualification de « négationnisme » pour la question arménienne. En effet, la Shoah est un fait historique, établi, notamment par l’autorité de la chose jugée. Ce n’est absolument pas le cas de la version de l’histoire défendue par Laurent Leylekian. Les procès de 1919-1920 n’étaient pas équitables. D’ailleurs, la plupart des condamnations prononcées entre avril et octobre 1920 furent annulées en appel, en janvier 1921.

L’avocat de la défense, Christian Charrière-Bournazel, dans sa plaidoirie, a lui-même parlé de « simulacres » de jugements. Il n’y a pas de débats entre historiens sur l’intention génocidaire du régime nazi, par contre il y en a sur l’intention prêtée au gouvernement jeune-turc d’exterminer la population arménienne ottomane.

L’historien Maxime Gauin peut en témoigner lui-même, puisqu’il a coécrit une réponse à Vahagn Avedian dans l’European Journal of International Law, réponse sollicitée par la rédaction de la revue et publiée en même temps que l’article auquel elle répliquait, dans le numéro d’août 2012. L’European Journal of International Law est édité par l’université d’Oxford.

3) Les attaques extrêmement violentes de Laurent Leylekian s’inscrivent dans la continuité de l’idéologie de la « Fédération Révolutionnaire Arménienne » (FRA), un parti qui a théorisé et pratiqué le terrorisme depuis sa création en 1890, et n’a pas hésité à s’allier avec l’Italie fasciste puis avec l’Allemagne nazie, fournissant des milliers d’hommes armés à l’armée hitlérienne.

Le second témoin de la partie civile était Murat Erpuyan. Professeur à l’ « Institut national des langues et civilisations orientales » (INALCO), Murat Erpuyan est également une figure importante du monde associatif franco-turc, dont il connaît bien les forces et les faiblesses.

Parmi ces faiblesses, Murat Erpuyan a pointé le manque d’implication des Français d’origine turque dans la vie publique en France par manque de confiance en eux ou par préjugés contre eux. Il a ainsi affirmé que son ambition, comme celle de Sirma Oran-Martz, était d’inciter les Franco-Turcs à s’impliquer davantage dans la vie sociale, culturelle, politique française afin qu’ils soient et se sentent pleinement citoyens français et qu’ils servent la France le plus efficacement et volontairement possible.

Or, en excluant Sirma Oran-Martz en raison de ses origines et pour des raisons aussi bien politiciennes que xénophobes, cela conduisait à un repli identitaire chez les Français d’origine turque, phénomène malheureusement général en France, chaque communauté se repliant sur elle-même, loin du dialogue, ce qui fragilise le vivre ensemble dans notre pays.

Le dernier témoin de la partie civile était Jean-Patrick Martz époux de Sirma Oran-Martz. Il a affirmé qu’il est « passé de l’autre côté du miroir » et pu apprécier l’ampleur de la turcophobie en France où chaque sujet relatif aux Turcs est pris dans un engrenage de manière à les stigmatiser.

Cette stigmatisation constante qu’on ne perçoit pas nécessairement de l’extérieur est difficile à vivre et il faut être fort pour la surmonter, vivre et apporter le meilleur de soi à un pays, la France, qui nous a accueillis en tant qu’originaires de Turquie et que nous aimons.

Jean-Patrick Martz a terminé en disant que son épouse était une personne courageuse et forte, et que l’une des seules fois qu’il l’a vu anéantie et fondre en larmes était le jour de l’assassinat du journaliste d’origine arménien Hrant Dink en Turquie. Ce qui montre, s’il était nécessaire, que Sirma Oran-Martz est loin de l’image d’extrémiste anti-arménienne dont Laurent Leylekian l’a chargée dans son éditorial.

Une vision déformée du monde contre la démocratie

Pour conclure : ce procès est symptomatique du terrorisme intellectuel (dans les années 1970 – 1980 ce terrorisme était physique) que les activistes de la « cause arménienne » font régner en France et qui vise à revêtir les Français d’origine turque d’une identité criminelle éternelle devant être mis au ban de l’humanité.

Il est temps, en France, de séparer d’une part les événements de 1915 et leur interprétation historique et d’autre part les activistes de la « cause arménienne » qui ont un calendrier politique – souvenons-nous que les activistes de l’« Armée Secrète de Libération de l’Arménie » avaient entre autres objectifs la création de l’Arménie wilsonienne dont leur drapeau portait la carte.

Ces activistes nuisent à la science historique, à la démocratie et favorisent le communautarisme et la haine des autres, des Turcs en l’occurrence. Ils sont également un danger pour eux-mêmes, car ils se perdent dans une vision paranoïaque du monde, issue d’une conception déformée, insensée des Turcs et de la Turquie, revêtus de vices essentiels. Dans une époque où le racisme se développe de plus en plus, la « cause arménienne » en est un des signes.

Dans ce cadre, le geste de résistance de Sirma Oran-Martz est le même que celui de Rosa Parks. Bien sûr certains diront « comment ose-t-on comparer ces deux femmes », ils diront bien d’autres choses, mais le racisme, qu’il s’appuie sur une couleur de peau ou sur une tragédie pour s’exercer, est pareillement condamnable. Le geste de résistance de Sirma Oran-Martz est alors éminemment démocratique et sera retenu comme tel.

Le jugement de la 17e chambre correctionnelle de Paris sera connu le jeudi 28 février.

[1NDLR : La "Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie" (FEAJD) est une officine arménienne proche de la FRA Dachnaktsoutioun

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