jeudi 8 décembre 2022

Turquie : obtenir un visa Schengen a rarement été aussi difficile

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 515 |
Turquie : obtenir un visa Schengen a rarement été aussi difficile

C’est un sujet qui fait grincer beaucoup de dents en Turquie et qui empoisonne encore un peu plus les relations déjà compliquées de ce pays avec l’Europe : la question des visas Schengen et du parcours du combattant que sont devenues, pour les Turcs, les démarches pour obtenir ce sésame indispensable pour circuler dans la plupart des États européens.

De notre correspondante à Ankara,
Source Rfi

Obtenir un visa Schengen pour un Turc est nettement plus difficile aujourd’hui qu’il y a six ou sept ans. En 2015, le taux de refus pour les Turcs ne dépassait pas 4%. En 2019, ce taux avait atteint 10%, et en 2021, il s’élevait à 19%. Des refus en hausse alors que les justificatifs demandés pour constituer un dossier sont toujours aussi nombreux et que le coût d’une demande a explosé. Les frais de dossier sont réglés en euros. Or, la monnaie turque – la livre – est en chute libre face à l’euro ces dernières années.

Quand un pays refuse un visa, il ne précise jamais la raison au demandeur débouté. C’est la règle. Mais il y a quand même plusieurs pistes assez solides. La situation économique s’est beaucoup dégradée ces dernières années en Turquie, et ce n’est pas fini. Le taux d’inflation sur un an a frôlé les 80% en juin, du jamais vu depuis vingt-cinq ans. Ensuite, la situation politique et de l’État de droit a également connu une nette dégradation, en particulier depuis la tentative de coup d’État contre le président Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016.

Explosion des demandes

Ces deux facteurs combinés ont eu un effet automatique : l’explosion des demandes de visas de la part de Turcs qui souhaitent échapper à ce climat étouffant. Ces demandes ont encore augmenté de 19% l’an dernier par rapport à 2020.

Pour qu’un État européen accorde un visa Schengen, il y a un critère incontournable : que cet État soit convaincu que la personne qui fait la demande retournera dans son pays avant l’expiration du visa. La multiplication des refus révèle que les pays de l’espace Schengen craignent qu’une part croissante de ces demandeurs turcs aient d’autres intentions qu’un séjour touristique, et souhaitent en réalité s’établir chez eux.

La Turquie a récemment envoyé un rapport à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe pour se plaindre de « discriminations ». Par ailleurs, la question des visas est un sujet que les officiels turcs abordent systématiquement, depuis des années, dans tous leurs échanges avec les responsables européens.

Situation dans l’impasse

La suppression des visas Schengen pour les Turcs était l’une des contreparties promises par l’Union européenne au moment de la signature, en 2016, du fameux « pacte migratoire » avec Ankara. Cet accord promettait la suppression des visas pour les Turcs avant la fin de l’année 2016. On est donc très, très loin des engagements pris à l’époque.

L’Union européenne se justifie en rappelant que la Turquie ne remplit pas tous les critères pour obtenir la levée des visas. Elle veut notamment que la Turquie réforme ses lois antiterroristes, extrêmement vagues, ce que le président Erdogan refuse catégoriquement. Le dossier est donc dans l’impasse. En attendant, ces refus répétés de visas après des procédures extrêmement lourdes et coûteuses créent chez les Turcs un sentiment d’humiliation et beaucoup de rancœur à l’égard de l’Europe. Une Europe qui, paradoxalement, continue pourtant d’incarner un modèle économique et démocratique pour la plupart d’entre eux.

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