MANIPULATION ANTI-TURQUE : La passion de l’erreur

Ecrit par Maxime Gauin, 2012-03-31 18:18:19


Nous publions ci-dessous les commentaires de Monsieur Maxime Gauin sur la grossière manipulation anti-turque qui traîne sur internet depuis quelques temps et dont Le Point a cru bon d’en faire un article sans même vérifier sa véracité.


La passion de l’erreur

Il y a un peu plus d’un an, Bernard Cassen, ancien directeur du Monde diplomatique, faisait condamner Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point, pour refus du droit de réponse (c’est ce qui s’appelle, en droit français, l’action en insertion forcée). Bernard-Henri Lévy avait en effet commis une grossière erreur, confondant Bernard Cassen avec Pierre Cassen, responsable du site antimusulman Riposte laïque. M. Lévy avait aussi confondu le footballeur italo-brésilien Rodrigo Taddei avec le journaliste Frédéric Taddéi. Il avait cité, par ailleurs, un philosophe imaginaire, Jean-Baptiste Botul — des erreurs après tant d’autres.

En novembre 2007, le tribunal de Paris condamnait M. Giesbert, et trois de ses journalistes, pour diffamation envers la sénatrice Nathalie Goulet, à mille euros d’amende, cinq mille euros de dommages et intérêts, et 2 500 euros comme remboursement des frais de justice, peines confirmées en appel le 18 décembre 2008. Dernièrement, le 22 février 2012, M. Giesbert a aussi été condamné, par la cour d’appel de Paris, pour violation de l’article 38 de la loi du 29 juillet de 1881 sur la presse.

Ce n’est donc pas une si grande surprise — même si certains contributeurs, tels Claude Imbert, s’emploient courageusement à relever le niveau du Point — que le journal de M. Giesbert ait confondu une mauvaise plaisanterie avec une note de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, créée en 2008 par fusion de la Direction de la surveillance du territoire et de la Direction centrale des renseignements généraux). Ce « rapport », en circulation sur Internet depuis quelques semaines, est un faux assez évident :

- Il est déjà très improbable qu’un rapport de la DCRI se promène ainsi sur Internet : de tels documents sont soigneusement gardés, et quand il y a des fuites, c’est d’emblée un grand média qui les diffuse ;
- Le Point n’a rien vérifié auprès du ministère de l’Intérieur ;
- Le document n’est pas signé, mais si l’on fait une recherche avec Adobe Reader, il apparaît que le nom de l’auteur est « Maxime Augin ». Outre que c’est une grossière modification de mon nom, suffisante pour comprendre que ce « document » n’est à la base qu’une mauvaise blague, un policier de la DCRI, s’il ne veut pas signer son rapport, ne laisse pas son nom dans les caractéristiques du fichier PDF. Par ailleurs, depuis octobre 2002, les rapports anonymes, sans signature ni tampon, sont interdits à la police française.
- On ne mène pas « la guerre sainte » au nom du « monde turc », mais au nom d’Allah (p. 8).
- La « proximité » entre la Fédération des Turcs de France et Radio Made In Turkey (MIT) est affirmée sans aucune preuve. Un policier de la DCRI, même les jeunes peu expérimentés qui sont entrés depuis 2008, n’aurait pas porté une telle accusation (p. 12).
- La référence implicite à moi (pp. 12-13) est absolument grotesque : personne ne travaille en même temps pour la police française et le Mossad, ou en tout cas, pas en le faisant savoir à la fois aux Français et aux Israéliens.
- Radio MIT n’a évidemment pas de « financements institutionnels » (p. 13).
- Demir F. Önger n’a pas été candidat « aux dernières élections européennes », c’est-à-dire celles de 2009 mais à celles de 2004 (p. 13).

Demir Önger a envoyé un droit de réponse dès samedi matin, et plusieurs personnes désignées songent sérieusement à porter plainte en diffamation contre Le Point. Ce n’est certes pas moi qui vais tenter de les en dissuader.

Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le correspondant à Paris de Today’s Zaman, contre l’avis de ses propres collègues de Zaman France et Zaman en turc, ait décidé d’écrire malgré tout sur cette affaire, sans rien vérifier, et en ajoutant encore une référence explicite à moi. Cela me fera un sujet de conversation original avec la rédaction de Today’s Zaman lors de mon retour à Ankara.

D’ici là, voici la version française de mon droit de réponse envoyé ce samedi 31 mars 2012 au quotidien :

« Je suis extrêmement étonné qu’un respectable journal comme Today’s Zaman n’ait pas remarqué que le « rapport » attribué à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) n’est rien d’autre qu’un faux grossier, réalisé par un militant arménien. C’est tellement clair qu’au début, j’ai considéré ce fichier comme une simple plaisanterie.
Toutefois, la partie la plus sidérante, du moins à mes yeux, est celle consacrée au site Turquie-news.com. M. Demir, se fiant seulement à des sources anonymes, me présente comme un possible agent de la DCRI et du Mossad — pourquoi pas du service de renseignement extérieur australien, aussi ? M. Demir ne m’a posé aucune question à ce sujet.
Je voudrais insister sur les faits suivants, pourtant évidents :
1) Je ne suis pas, et n’ai jamais été, un administrateur, et moins encore le principal responsable, du site Turquie-news.com. Je n’en suis qu’un contributeur occasionnel ; j’y publie en particulier la version française de mes tribunes pour la presse turque, y compris Today’s Zaman.
2) Je ne suis pas, et n’ai jamais été, un agent de quelque service d’espionnage ou de contre-espionnage que ce soit — français, israélien ou australien. »

Cet incident n’est notable que pour les malveillants sordides qui en sont à l’origine, et ceux qui l’ont propagé sans tenir compte de règles élémentaires du journalisme. Quoique n’étant pas un admirateur de M. Cassen (cité au début de cet article), je fais mienne sa phrase-ci : « L’erreur peut décidément devenir une passion. »

Maxime Gauin,
Chercheur à l’International Strategic Research Organization (USAK-ISRO, Ankara).

31 mars 2012

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