Warning: Use of undefined constant _METASPLUS_MASQUER_AUTEURS - assumed '_METASPLUS_MASQUER_AUTEURS' (this will throw an Error in a future version of PHP) in /homepages/31/d431984081/htdocs/Turquie-News/TN/tmp/cache/skel/html_60ae6745b9aaef712307956952a25f82.php(19) : eval()'d code on line 1

Warning: Use of undefined constant _METASPLUS_EXCLURE_GROUPESMOTS - assumed '_METASPLUS_EXCLURE_GROUPESMOTS' (this will throw an Error in a future version of PHP) in /homepages/31/d431984081/htdocs/Turquie-News/TN/tmp/cache/skel/html_60ae6745b9aaef712307956952a25f82.php(72) : eval()'d code on line 1
En Turquie, le « Village des mathématiques » révolutionne (...)
facebook
twitter
rss

En Turquie, le « Village des mathématiques » révolutionne l’enseignement une équation après l’autre

Ecrit par Engin, 2018-08-04 18:16:33


En Turquie, le « Village des mathématiques » révolutionne l’enseignement une équation après l’autre

Son fondateur, Ali Nesin, affirme que l’enseignement qui y est dispensé soutient la comparaison avec les meilleures universités du monde et que les futurs intellectuels turcs en seront les produits


Après plus de dix ans d’enseignement à l’Université Bilgi d’Istanbul, Ali Nesin a fondé en 2007 son « Village des mathématiques » près du village turc de Şirince (MEE/Jérémie Berlioux)

ŞIRINCE, Turquie – Les rayons du soleil matinal passent à travers des vitraux colorés et illuminent un groupe d’adolescents et d’étudiants d’une vingtaine d’années, assis sur des bancs en bois pour prendre le petit-déjeuner.

Près du petit village turc de Şirince, qui surplombe la mer Égée et qui se trouve à une dizaine de kilomètres des ruines de la cité antique grecque d’Éphèse, cette scène pourrait être observée dans n’importe quel autre camp de vacances si les étudiants n’étaient pas en train de réfléchir à des polygones complexes et à des matrices.

Situé dans l’ouest de la Turquie, le Village des mathématiques d’Ali Nesin accueille environ 10 000 étudiants par an (MEE/Jérémie Berlioux)
Créé en 2007 par Ali Nesin, un mathématicien visionnaire d’une soixantaine d’années titulaire d’un doctorat en logique mathématique décroché à l’Université de Yale, le « Village Nesin des mathématiques » est entièrement consacré à l’étude des mathématiques. Juché sur une colline au milieu d’une oliveraie, il se compose d’une trentaine de bâtiments, dont la plupart sont en pierre, en paille et en argile, et s’étend sur 5,5 hectares.

« C’est notre jardin. Le seul endroit en Turquie où nous pouvons nous concentrer sur notre passion », explique Alp Bassa, maître de conférences bénévole dans le village et professeur de mathématiques à l’Université du Bosphore d’Istanbul.


Des étudiants assistent à un cours sur la théorie des nombres et la fonction zêta dans une salle de classe située au-dessus de la bibliothèque (MEE/Jérémie Berlioux)

Chaque année, plus de 10 000 élèves du primaire jusqu’à l’université suivent les programmes de mathématiques du village. Les cours durent de quelques jours à plusieurs semaines et sont organisés toute l’année, bien que la plupart aient lieu pendant l’été et les vacances scolaires.

« Nous manquons d’espace pour accueillir tous les candidats. Nous refusons beaucoup de gens. Nous ne pouvons accueillir que jusqu’à 500 étudiants à la fois », explique Nesin.

La logique mathématique

L’arrivée dans le village a été un tournant dans la vie de Serkan Dogan, un étudiant de 22 ans à l’Université Bilkent d’Ankara. Il s’y est rendu pour la première fois quand il avait 15 ans, après avoir appris son existence dans une revue de mathématiques. Après ses 17 ans, il est revenu chaque hiver pendant ses vacances pour suivre des programmes d’une semaine.

« En maths, tout se résumait à un exercice de mémorisation. Quand je demandais pourquoi une formule donnait tel ou tel résultat, on me disait de retenir le résultat sans me donner d’explication. Ici, j’ai appris à résoudre les problèmes. Et ces raisonnements peuvent être utilisés dans la vie de tous les jours »
– Serkan Dogan, étudiant

Dogan explique qu’il était frustré par la façon dont les mathématiques étaient enseignées dans le cycle secondaire. « Tout se résumait à un exercice de mémorisation. Quand je demandais pourquoi une formule donnait tel ou tel résultat, on me disait de retenir le résultat sans me donner d’explication, raconte-t-il. Ici, j’ai appris à résoudre les problèmes. Et ces raisonnements peuvent être utilisés dans la vie de tous les jours. »

Selon Begüm Çaktı et Buket Eren, deux étudiantes d’un peu plus de 20 ans inscrites respectivement aux Universités Koç et Galatasaray d’Istanbul, un passage dans ce village est une étape nécessaire pour devenir chercheur. « Ici, nous avons directement accès à des professeurs très compétents et nous travaillons avec des étudiants de meilleur niveau issus d’autres universités », explique Eren.

Les programmes dispensés dans le village ont pour objectif de former les futurs intellectuels turcs (MEE/Jérémie Berlioux)
Quand il a créé le village, Ali Nesin ne ciblait que les étudiants universitaires. Après avoir constaté que le niveau des élèves était trop faible et qu’ils avaient besoin d’apprendre des concepts plus rudimentaires, il s’est focalisé sur les élèves du secondaire, puis du primaire.

« C’est notre jardin. Le seul endroit en Turquie où nous pouvons nous concentrer sur notre passion »
– Alp Bassa, professeur de mathématiques à l’Université du Bosphore

Atakan Şen, élève de 17 ans au lycée de Galatasaray, à Istanbul, affirme qu’il a intégré le village en raison de son intérêt prononcé pour les mathématiques.

« La pensée rationnelle liée aux mathématiques s’applique à de nombreux aspects de notre vie. C’est du gâchis de les apprendre sans les comprendre », soutient-il.

Les nombres premiers

Les maîtres de conférences, qui travaillent tous bénévolement, sont invités à enseigner ce qu’ils aiment et ce qu’ils ne pourraient pas enseigner à l’université ou à l’école. Özer Öztürk, professeur à l’Université Mimar Sinan d’Istanbul, se dit encore étonné par la motivation des étudiants.

« Habituellement, quand la cloche sonne, les enfants s’enfuient en courant. Ici, ils demandent aux enseignants de finir [le cours], même si cela empiète sur leur pause déjeuner », explique-t-il.


Les étudiants et les professeurs travaillent souvent pendant le petit-déjeuner, le déjeuner ou le dîner dans le village d’Ali Nesin (MEE/Jérémie Berlioux)

Certains professeurs explorent de nouvelles approches de l’enseignement des mathématiques. « Nous voulons changer l’approche du sujet afin d’intriguer les étudiants et de leur faire comprendre les choses correctement », explique Öztürk. Selon lui, cela doit commencer le plus tôt possible.

« Habituellement, quand la cloche sonne, les enfants s’enfuient en courant. Ici, ils demandent aux enseignants de finir [le cours], même si cela empiète sur leur pause déjeuner »
– Özer Öztürk, professeur à l’Université Mimar Sinan d’Istanbul

Au cours du dîner, il expérimente une méthode pour enseigner la division en utilisant un « jeu de l’oie » avec son collègue Hakan Güntürkün de l’Université Galatasaray. Le jeu se compose d’oies fabriquées avec de serviettes, d’un plateau divisé en carrés numérotés et de dés.

« Les enfants doivent commencer à apprendre les mathématiques dès leur plus jeune âge en jouant à des jeux. C’est intuitif et c’est bien plus amusant pour eux que de s’asseoir devant un tableau pour se retrouver face à des concepts abstraits et des figures abstraites », explique Güntürkün.

Interrogés quant à savoir si leur méthodologie peut se généraliser en Turquie, Güntürkün et Öztürk esquissent un sourire.

« Le système d’enseignement en Turquie, comme partout dans le monde, est très conservateur. Il ne vise pas à développer la personnalité des enfants et encore moins leur intelligence », concède Öztürk.

Comme Nesin, qui préside toujours le département de mathématiques à l’Université Bilgi d’Istanbul, les professeurs prônent une transformation radicale du système scolaire turc.


Des élèves du secondaire assistent à un cours dans la bibliothèque du Village des mathématiques d’Ali Nesin (MEE/Jérémie Berlioux)

Selon l’enquête sur le rendement scolaire publiée en 2016 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Turquie a chuté de huit places en moyenne en ce qui concerne les sciences, les mathématiques et la lecture par rapport à l’étude réalisée trois ans plus tôt, pour tomber au 50e rang sur 72 pays et ce, malgré une augmentation budgétaire conséquente en provenance du ministère de l’Éducation nationale.

« Le système d’enseignement en Turquie, comme partout dans le monde, est très conservateur. Il ne vise pas à développer la personnalité des enfants et encore moins leur intelligence »
– Özer Öztürk, professeur à l’Université Mimar Sinan d’Istanbul

« L’enseignement est trop centralisé. Il y a 25 millions d’élèves en Turquie. Tous étudient les mêmes programmes avec les mêmes exercices, mais leurs besoins, leur langue et leurs capacités diffèrent. De plus, la formation des enseignants doit être considérablement améliorée », explique Nesin.

Les fondamentaux

La première pierre du Village Nesin des mathématiques a été posée durant l’été 2007. Quatre-vingt-dix étudiants universitaires ont dressé leurs tentes sur une oliveraie au sommet d’une colline située à un kilomètre de Şirince. Le terrain appartenait à la fondation Nesin et la construction a été financée par des dons adressés spécifiquement au village à travers la fondation.

Le matin, les élèves étudiaient les mathématiques et l’après-midi, ils participaient à la construction du village dans le cadre des activités du camp.

« Au début, le village était juste un bâtiment avec des chaises et deux tableaux. Tout ce qu’il fallait pour rendre un mathématicien heureux », se souvient Salih Durhan, l’un des premiers élèves de Nesin, qui enseigne aujourd’hui dans le village.