ADIL RUSTAMOV OU LA DUALITÉ DU PEINTRE ET DU POÈTE DANS L’ESPACE-TEMPS

Ecrit par Hakan Akgün, 2018-03-12 19:39:49


QUI EST ADIL RUSTAMOV ?

Adil Rustamov est né le 11 mars 1943 à Bakou. Artiste peintre agrégé, professeur émérite à l’Académie des Beaux-Arts de Bakou en Azerbaïdjan depuis 1992 où il a fait ses classes, il vit actuellement à Rouen, en Normandie.

Ses oeuvres sont célèbres en Azerbaïdjan et dans le monde pour leurs caractères « contemporaines, uniques, originales ». Ce sont en effet des oeuvres graphiques utilisant une technique mixte à base de peinture acrylique, aquarelle, gouache, peinture à l’huile, collages etc.

Adil Rustamov a obtenu de nombreux prix et récompenses, il a également été lauréat de nombreux concours nationaux comme « Azerbaïdjan Moderne », « Vahid-100 » etc. ; élu meilleur artiste peintre de l’année 1997 en Azerbaïdjan ; il obtient par deux fois un certificat d’honneur et une médaille d’or de la part de la République Iranienne. Il a également participé à de nombreuses expositions individuelles et collectives en Azerbaïdjan mais aussi à l’étranger : au Canada, en Suisse, en Allemagne, en Turquie, en Iran, en Russie et en France (exposition personnelle en 2015 à Maromme).

UN PEINTRE À LA NATURE DE POÈTE

Peintre réputé en Azerbaïdjan mais méconnu en France, Adil Rustamov est une grande figure de l’art à l’univers particulier et intéressant. Sa grande culture musicale et poétique a valu à Adil Rustamov le surnom de « peintre à la nature de poète ». Membre de l’Union des Arts de l’Azerbaïdjan depuis 1973, il a toujours été entouré de nombreux d’artistes. Ses interlocuteurs étaient souvent étonnés que la peinture soit son seul métier. Âme de poète, amoureux de poésie classique et moderne, philosophe, musicien et aimant la musique azerbaïdjanaise « mugham », Adil Rustamov étonne.

Non seulement, il est doté d’une mémoire remarquable mais il est aussi réputé très bon orateur pour réciter ces poèmes par centaines. Il fait partie de ces personnes ayant toujours une citation pour répondre à une question. Lorsqu’on lui demande « pourquoi ce dévouement à l’art malgré vos problèmes de santé ? » il nous répond en citant Füzuli, un très grand poète azerbaïdjanais :

«  Je n’ai pas vécu une vie inutile ou insensée,
Cependant, il me reste tant à apprendre,
Ma vie est passée mais je ne dis pas « malheur !,
Malheur à ces vies vécues dans la vanité.
 »

En tant que si grand passionné de poésie, il est difficile ne pas en écrire soi-même. Adil Rustamov a aussi signé un certain nombre de poèmes mais par modestie, il n’ose se qualifier de poète, comparé à ses collègues qui le sont de profession. Il nous en a cependant délivré quelques vers :

"Torpaq sənindir ölənə qədər, Öldün, onunsan toza dönənə qədər »

Traduction : « La terre est tienne jusqu’à ta mort ; Mort, tu es sien jusqu’à devenir poussière  »

« Qalx ! Hamilə qadın gəlir ! Bətnində Allah bilir, bəla, ya bala gəlir »

Traduction : « Lève- toi ! Une femme enceinte arrive ! Dieu seul sait si dans son ventre elle porte un nourrisson ou un fléau. ».

Un critique d’art azerbaïdjanais a dit à son propos qu’« il est doté d’une culture générale et d’un art oratoire le plaçant au dessus des autres peintres ». Adil Rustamov a effectivement beaucoup mêlé peinture et poésie. Que ce soit lors de ses expositions et durant les concours auxquels il a participé, notre artiste rend hommage à de grands poètes c o m m e Vahid, Füzuli, Hüseyn Cavid. Lors de l’exposition Vahid-100, l’ancien Président de la République, Heydar Aliyev a dit « Adil Rustamov a représenté l’œuvre de Valid, ce grand poète azerbaïdjanais dans des compositions variées et intéressantes en incluant des citations de poésie à l’intérieur de ses tableaux ; de plus, il les récite très bien ! Ses œuvres sont très belles et pleines de philosophie ». La poésie est une véritable base de travail pour l’artiste, qui régulièrement peint leurs portraits, représente leurs poèmes et en inclut même dans ses peintures.

COMMENT SON DÉMÉNAGEMENT EN FRANCE A AFFECTÉ SON STYLE DE PEINTURE

En Azerbaïdjan, grâce à sa grande culture en Poésie Orientale, à toutes ses expériences avec ses étudiants, aux expositions à l’étranger et à sa connaissance suffisante des principes artistiques, Adil Rustamov et la modernité de ses tableaux graphiques occupaient une place particulière dans l’art azerbaïdjanais.

Commençant à avoir des problèmes de santé sévères, il vient en France pour se faire soigner, là où sa fille vit. Retourné en Azerbaïdjan en 2010, il fait sa dernière exposition dans sa patrie. Qarabağ şikəstəsi, était une exposition dédiée aux horreurs résultant du conflit du Haut- Kharabag (1991) où le peintre a représenté à la fois sa douleur personnelle mais surtout celle de sa patrie et de son peuple : « c’était mon devoir de citoyen de faire cette exposition ». Chacune des peintures de cette série est emprunte d’une lourde signification dépeignant le chagrin de toute une nation.

En 2012, pour des raisons de santé, il déménage définitivement à Rouen, en Normandie avec son épouse, auprès de sa fille et de ses petits-enfants. Un déménagement qui a affecté son style de peinture. De peintre émérite, nationalement connu en Azerbaïdjan, il est passé au statut d’artiste méconnu en France même s’il n’a jamais arrêté de peindre « même en sortant de mes opérations, je ne peux m’empêcher de chercher mes pinceaux et une feuille, c’est ce qui me fait vivre ».

En effet l’unicité de ses tableaux, leur aspect spirituel, psychologique, artistique et philosophique traduisent les pensées du peintre, ils expriment sa vision du monde en couleurs et en formes. Il créé son propre réalisme, qu’il essaye de nous transmettre avec romantisme : sa vision réaliste du monde.

Pourquoi son style aurait changé en déménageant ? La nostalgie pour son pays a changé le style de ses peintures. Comme le vieil arbre dont les racines sont profondément ancrées dans la terre, cherchant une source d’eau pour survire lors d’un tourbillon, il a lui aussi cherché une source d’eau pour survivre pendant 7 ans qu’il a trouvé en Normandie. Il s’est peu à peu adapté à son nouveau mode de vie et garde le goût de vivre grâce à son métier.

L’architecture et la nature normandes ont donné un nouvel élan à sa créativité. Il peint ce que tout le monde voit sans y prêter attention : les portes, les ports, les roches, le bois... Cette région offre une architecture et un héritage culturel et naturel riche, qui a fait basculer son style de peinture vers un art contemporain inspiré des éléments qui nous entourent, lui procurant une grande originalité. Ses œuvres s’adaptent au lieu et au moment où il se trouve, il s’efforce de capturer l’instant présent, tel un photographe.

Ses œuvres et sa méthode de travail sont bien différentes de celles qu’il créait en Azerbaïdjan où il vivait de son art. Elles étaient minutieusement intégrées au sein d’une série dans le but de les exposer dont il recevait des commandes. Ici, ses peintures sont symbole de sa libre-pensée. Quand on lui demande ce qu’il souhaite le plus, il nous répond « Premièrement être entouré de bijoutiers connaissant la valeur des pierres précieuses [une métaphore assez explicite]. Secondement, remarcher sur les plages de la mer Caspienne. Troisièmement retrouver mes étudiants et mes collègues artistes à l’Académie où j’enseignais ». Il n’est pas retourné dans son pays natal depuis.

Par : Adela Naibova
Source : Maison de l’Azerbaïdjan à Paris

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