ATATÜRK & LA FÊTE DES AMOUREUX

Ecrit par Hakan Akgün, 2018-02-14 09:54:05


Notre gaillard est en plein dans la force de l’âge, il est fort comme un Turc !

A ce moment, il est en mission en qualité d’attaché militaire ottoman à Sofia.
Mustafa Kemal vit plutôt un exil imposé par le ministre de la guerre ottoman, Enver Pacha à qui il a vigoureusement reproché de donner les rênes de l’armée à un général allemand, Liman Von Sanders : « C’est aux Turcs, dit-il, de gérer leurs affaires. On insulte la nation en faisant appel aux étrangers. ».
Le voilà donc écarté avec une affectation à l’ambassade ottomane de la voisine Bulgarie.

Il a nouvellement emménagé dans la capitale bulgare, il ne connait que peu de monde. Il déguste parfois une spécialité locale à la pâtisserie Bulgaria et tente de découvrir les environs. Les soirs, il se rend souvent à l’opéra.

Un soir de février, alors qu’il est invité au très prisé Club municipal, il fait sa connaissance. Son prénom est Dimitrina mais tout le monde l’appelle Miti.
Elle est très belle, elle rayonne dans la salle. Elle a suivi des cours de musique en Suisse et parle trois langues étrangères. Elle est la célibataire la plus courtisée de la haute société bulgare.

Alors que la célèbre valse viennoise de Johann Strauss II, « Le Beau Danube bleu » invite la salle à former des couples, notre fringant jeune homme n’hésite pas une seule seconde. Tel un yatagan, il tranche la pièce en deux et rejoint, en un éclair, la ravissante jeune femme : « Me feriez-vous l’honneur de m’accorder cette danse mademoiselle ? » demande-t-il.

Ils dansent les yeux éblouis et le cœur enivré au milieu des regards foudroyants et jaloux. Chacun chuchote, les médisances se mêlent aux ragots mais eux n’en ont cure. Ils sont déjà amoureux l’un de l’autre. C’est littéralement le coup de foudre !

Le lendemain, c’est la mère de Miti en personne qui convie notre homme à boire le thé à la maison. Une telle invitation représente l’approbation de la famille pour que les jeunes puissent officiellement se fréquenter.

Et nos tourtereaux se fréquentent, et de plus en plus régulièrement ! Ils se baladent au parc Borisova, font du patinage, vont au théâtre, ils vivent au gré de leurs sentiments.

Progressivement, les commérages s’accentuent et les cancans deviennent de plus en plus malveillants. En effet, le père de Miti est un proche et fidèle du tsar des Bulgares. Il est un général, héros de guerre qui a dirigé le ministère de la Défense. Comment la fille d’un tel homme peut-elle être dans les bras d’un Turc ?! C’est impensable.

Mais, notre gaillard s’en moque !
Insoumis et opiniâtre, lors d’un bal organisé au Club militaire, il invite Miti et danse, sans gêne aucune, devant le tsar en personne.

Téméraire, il jette le gant et défie le monde entier.

« Veux-tu m’épouser ? » propose-t-il sans ambages. La réponse tombe également sans ambages. « Oui ! ».

C’est sans compter sur l’avis du papa, général.
« Ce mariage est impossible, dorénavant, vous ne devez plus rencontrer ma fille ! » lance-t-il en coup de semonce.
Alors, le monde s’écroule sous ses pieds ! Dans la semaine, pour franchir le Rubicon, le général annonce les fiançailles de sa fille avec un ingénieur bulgare.
Apprenant la nouvelle, notre homme se sent abattu et comme sa mission arrive à terme, de colère, il fait ses valises et rentre à Istanbul !

En réalité, il n’y a aucunes fiançailles, Miti a refusé d’épouser un autre homme, elle a arraché et jeté la bague mise à son doigt de force.
Le coup de Jarnac du père général a pourtant donné le résultat voulu. Le vaillant Turc a quitté la jolie Bulgare.

*

Malheureusement, notre homme ignore la réalité.

*

C’était la seule erreur qu’il a commise tout au long de sa vie…
La seule. Pourtant, même cette unique erreur était de trop !

*

Il aurait dû prendre Miti par la main et partir.
Il n’a pas pu.

*

Après Miti, il a connu 19 autres femmes mais en vain…
Il n’a jamais retrouvé le bonheur. Jamais plus.
Il n’a jamais réussi à l’oublier.

D’ailleurs, des années plus tard, alors qu’il discute avec des acteurs de la troupe de théâtre de la coopérative bulgare venue en représentation à Ankara, il révèle :
« J’ai laissé ma jeunesse à Sofia, j’y ai aimé une fille, mais ils me l’ont refusée… »

*

Il a vécu le cœur brisé.
Il est mort le cœur solitaire.

*

Quant à Miti, elle avait 18 ans. Elle a attendu jusqu’à ses 30 ans dans l’espoir qu’un jour il revienne, au moins, qu’il lui envoie une lettre. Elle a rejeté tous ses aspirants. Malheureusement, il n’est pas revenu. Il avait consacré sa vie à sauver son pays.
Elle a finalement cédé aux injonctions de ses parents en épousant un avocat. Son couple s’est nourri de respect à défaut d’amour. Elle a eu 2 filles. Elle a tenté de combler le vide de son cœur grâce à l’amour de ses enfants.

Elle a espéré, espéré dans le silence… jusqu’à une nuit du 7 août 1966. Elle était gravement malade, parlait difficilement. Elle a chuchoté à l’oreille de sa sœur Olga restée à son chevet. « Tu sais ? » murmura-t-elle. « Je l’ai vu, il est venu me chercher, je vais rejoindre mon Mustafa Kemal ! »

*

Puis, elle a définitivement fermé les yeux.
Enfin, ils étaient ensemble. Ils étaient réunis.

*

Et, nous sommes de nouveau en février.
Aujourd’hui, c’est la St Valentin, la fête des amoureux.

*

Tout peut aller mal dans le pays, voire dans le monde, la vie peut sembler insupportable, l’affliction peut nous étouffer. Mais, on résiste, on se bat et un jour, l’aube apparait de nouveau et on sourit.

Par contre, si l’on perd cette fille que l’on aime, toute notre vie passe avec ce regret au cœur, ce vide irréparable.

Va, attrape-la par la main. Dis-lui que tu l’aimes.

Yılmaz Özdil
14 février 2014

©Traduit du turc par Özcan Türk

Source de l’article original en turc : http://www.hurriyet.com.tr/sevgili-25806150

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