LA FEMME TURQUE : UN TRÉSOR FLAMBOYANT

mercredi 12 juillet 2017, par Özcan Türk (Facebook)

En janvier dernier, Zehra Taşkesenlioğlu, députée AKP d’Erzurum, en buvant du petit lait devant « le changement de régime » a lancé avec jubilation : « on se délivre d’un boulet de 100 ans » en référence à la République fondée par Atatürk.

Je vous propose une traduction d’un extrait de la réponse publiée sous la signature de Yılmaz Özdil dans sa chronique du 25 janvier 2017.

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Hatı Çırpan, née Satı Kadın en 1890 à Kazan (Ankara), est l’une des premières femmes parlementaires de la Grande Assemblée nationale de Turquie. Elle a été élue lors des élections générales de 1935 grâce à Atatürk. Elle est mère de 5 enfants et maire de la commune de Kazan.
Lors de la visite de Mustafa Kemal Pasha dans sa commune, elle offre un verre de « ayran », la boisson lactée turque, au fondateur de la République.
Durant leur discussion, quand Atatürk lui demande son âge, Satı Kadın qui a 44 ans, répond : « Je suis née le 19 Mai 1919 quand vous avez lancé la Guerre de Libération mon Pasha ». Sans même qu’Atatürk n’ait pu ajouter un seul mot, elle poursuit : « Auparavant, je n’avais aucune existence ! ».
Atatürk, surpris et séduit par l’intelligence et le charisme de cette combattante, la parraine et la faire élire députée à la Grande Assemblée nationale de Turquie.
C’est peut-être cela « le boulet » dont parle la députée Zehra Taşkesenlioğlu ?

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Fatma Seher Erden, nommée Kara Fatma par Atatürk, est une héroïne de guerre turque. Elle se dresse devant Atatürk et exige de lui une mission pour combattre pour sa patrie.
Atatürk surpris et séduit par la farouche détermination et combativité de cette femme lui rédige, de sa main, son ordre de mission. Kara Fatma se bat sur tous les fronts et notamment à İzmit, Bursa, İznik, Sakarya , Sapanca, Adapazarı, Düzce, Hendek , Afyon. En 1922, au début de la bataille finale face à l’armée grecque du général Trikoupis, Kara Fatma est blessée et capturée mais, en combattante indomptable, elle s’évade des mains de l’ennemi et guerroie de nouveau pour sa patrie.
Cette femme Kara Fatma qui s’est battue, grâce à Atatürk, pour délivrer le pays du « boulet » de l’occupation ennemie est, elle aussi, originaire d’Erzurum mais n’a pas la même définition que la députée AKP du mot « boulet ».

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Zehra Say est la première femme turque à convoler en justes noces selon le Code civil en 1926.
Le sultan Abdülhamit dont on ne tarit pas d’éloges avait 16 épouses. Le sultan Abdülmecit qui a été honoré lors d’une cérémonie à la Grande Assemblée nationale de la République avait lui 22 épouses. Quant à Vahdetttin qui a collaboré avec l’occupant britannique et a lancé une fatwa de mort contre Atatürk, il avait 6 épouses.
Zehra Say n’a pas eu à supporter le boulet de la polygamie de son époux...

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Suat Berk est notre première femme juge, Nebahat Sarıyal notre première procureure, et Süreyya Ağaoğlu, la première avocate de Turquie, en 1925…
Ferdane Bozdoğan, la première Turque dentiste, en 1924…
Esma Deniz, la première infirmière diplômée, en 1924…
Kamile Şevki Mutlu, notre première femme professeure de médecine, en 1935…
Alors même qu’il était interdit à nos femmes de soigner les êtres humains, comment imaginer qu’elles puissent soigner des animaux ? En 1937, grâce aux réformes d’Atatürk, Sabire Aydemir devient vétérinaire...

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Nüzhet Gökdoğan est la première femme turque astronome, en 1933. La même année, la Turquie s’enrichit de sa première femme doyenne d’université.
Toujours en 1933, Gül Eser devient la première femme maire d’une ville.
Alors que de nos jours, certains réactionnaires ne peuvent même pas tolérer que les femmes puissent s’amuser et éclater de rire, Selma Emiroğlu devient la première caricaturiste en 1943.

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Afife İpek est la première policière municipale en 1952, elle exerce à Erzurum...
Jale İnan devient la première archéologue turque en 1943.
Feriha Saner est la première préfète de police en 1953.
Tülin Tepedeldiren est la première femme turque ayant le grade d’officier commando, en 1999.
Seher Aytaç, la première femme machiniste en 1990.
Lale Orta, la première arbitre de football en 1986.
Türkan Akyol est notre première femme ministre en 1971.
Tansu Çiller devient la première femme Premier ministre turc en 1993.
Özlem Bozkurt est la première sous-préfète turque en 1992.
Lale Aytaman devient la première préfète en 1991.
Müfide İlhan est la première femme turque maire d’une grande ville en 1950.
Filiz Dinçmen, notre première ambassadrice en 1982.
Fürüzan İkincioğulları est la première femme à présider le Conseil d’Etat turc en 1994.
Melahat Ruacan qui est la première femme turque membre du Haut conseil de la magistrature, devient en 1945, la première juge de la Cour de cassation, non pas uniquement en Turquie mais dans le monde !

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Bedriye Tahir Gökmen devient la première femme pilote en 1933.
Sabiha Gökçen est la première pilote de chasse turque en 1937.
Semiha Es obtient le titre de première femme correspondante de guerre au monde en 1950.
Leman Bozkurt Altınçekiç devient la première femme pilote de jet, non pas uniquement de Turquie mais de l’OTAN en 1958.
Adile Tuğrul, Mualla Bayülken, Münevver Erdoğdu, Nermin Şen sont nos premières hôtesses de l’air en 1946.
Yıldız Uçman est notre première parachutiste en 1935.
Dilhan Eryurt est la première Turque à travailler à la NASA en 1961.

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Feriha Tevfik devient notre première Miss Turquie en 1929.
Keriman Halis Ece est la première Turque Miss Monde en 1932.
Probablement, deux reines de beauté « boulets » pour la députée AKP Zehra Taşkesenlioğlu ?

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Samiye Cahid Morkaya est la première femme turque pilote de course automobile en 1932.
Asıme Şahsuvaroğlu est la première Turque à obtenir son permis de conduire en 1934.
Aliye Berger est notre première artiste graveur en 1951.
Sabiha Bengütaş est la première femme sculpteur turque en 1924.
İlgi Öztuncer devient la première femme capitaine de bateau en 1959.
Zehra Kosova Durmaz est la première syndicaliste turque en 1933.
Dervişe Koç devient la première femme président de syndicat en 1955.
Hikmet Cengiz est notre première commissaire de police en 1957.
İnci Özdil devient la première femme turque chef d’orchestre en 1983.
Tennur Yerlisu devient notre première sportive championne du monde en 1987.
Emel Gazimihal est la première speakerine turque de radio en 1937.
Nuran Devres devient la première speakerine turque de télévision en 1968.
Reyhan Atay devient la première Turque à travailler comme journaliste au quotidien français Le Figaro en 2004.
İclal Ersin est notre première comptable et notre première directrice de banque en 1928.
Arzuhan Doğan Yalçındağ est la première patronne des patrons turcs de la Tüsiad en 2007.
Tülay Tuğcu devient la première présidente de la Cour constitutionnelle turque en 2005.
Eylem Elif Maviş, Burçak Özoğlu Poçan, Meltem Özmine ve Suna Yılmaz sont les premières femmes turques à avoir escaladé le mont Everest en 2006.
Seniha Sami Moralı est la première femme turque conservateur de musée en 1927.
Cahide Sonku devient la première Turque réalisatrice de film en 1949.
Yıldız Moran est notre première photographe diplômée en 1950.
Nesrin Olgun devient la première nageuse turque à traverser la Manche en 1979.
Derya Can, notre jeune plongeuse est la première Turque à battre un record mondial de plongée sous-marine à poids variable avec palmes en 2016.
Gizem Girişmen, archère handisport turque, est la première sportive turque médaillée d’or aux Jeux paralympiques en 2008.
Behice Boran devient notre première présidente de parti politique turc en 1975.
Beyza Bilgin est la première femme turque prédicateur en 1962 et en 1988, elle devient la première Turque professeur de théologie.
Sabiha Rıfat Gürayman devient la première femme turque ingénieure en génie civile en 1933.
Semiha Berksoy est notre première artiste d’opéra en 1934.
Et la liste des « boulets républicains » est très loin d’être exhaustive. Si je poursuivais, je n’en aurais pas fini demain matin tant « les boulets » sont lourds…

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Pensez-vous sincèrement que si Mustafa Kemal Atatürk n’avait pas donné autant de droits et d’opportunités à la femme turque, toutes ces femmes que je viens d’énumérer auraient pu briller ainsi ?

Atatürk clamait : « Une société est composée d’hommes et de femmes. Comment cette société peut-elle raisonnablement et sainement évoluer si une partie de son corps est enchaînée au sol ? ».

Est-ce là la mentalité et la conception « boulet » dont parle la députée AKP d’Erzurum, Zehra Taşkesenlioğlu ?

Vraiment très curieux que, grâce à Atatürk, une femme puisse jouir des mêmes droits qu’un homme, qu’elle puisse, grâce aux réformes kémalistes, bénéficier de toutes les opportunités de la République et devenir députée de la nation et ensuite qu’elle affirme « se délivrer d’un boulet de 100 ans » ?

Pourtant, c’est Atatürk qui l’a délivrée en brisant les boulets qui l’enchaînaient au nihilisme.

Autrefois, avant « le boulet de la République », lors des recensements, on comptabilisait les hommes et les animaux. Les femmes ne comptaient pas. On connaissait le nombre d’hommes dans le pays, le nombre de vaches dans l’étable, le nombre de brebis dans la grange mais pas le nombre de femmes.

Atatürk a sorti la femme turque du nihilisme et l’a placée sur le devant de la scène. Il lui a permis d’étinceler. Depuis, la femme turque resplendit.

Comment alors comprendre ces femmes turques qui déchargent leur bile contre celui qui a vu en elles des trésors flamboyants ?

Texte inspiré de l’article du 25 janvier 2017 signé du chroniqueur Yılmaz Özdil.

Source : Page Facebook de Özcan Türk


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