1915 : un élève franco-turc menacé à Roubaix

Ecrit par TN-pige, 2014-10-14 14:54:13


On en sait un peu plus sur l’affaire du jeune franco-turc, Ibrahim, élève en classe de 3è au collège Sainte-Marie à Roubaix.
En effet, le chef d’établissement, monsieur Delvallée avait envoyé une missive datée du 29 septembre 2014 aux parents d’Ibrahim pour les informer qu’il « inflige une 2è avertissement » à Ibrahim sous prétexte que lors du cours sur le « génocide arménien », l’élève « s’est littéralement emporté, bien au-delà du raisonnable » et aurait exprimé des « revendications nationalistes ». Le proviseur termine sa lettre par une menace en cas de récidive : « ...un conseil de classe qui statuera sur le maintien d’Ibrahim dans le collège ».

Monsieur Akgürbüz, notre confrère de l’agence de presse DHA (Doğan Haber Ajansı) nous a fait parvenir les détails d’un reportage qu’il a réalisé à Roubaix avec le collégien Ibrahim et ses parents.
Précisions d’abord que monsieur Delvallée, le principal du collège Sainte-Marie de Roubaix a refusé de recevoir notre confrère journaliste.

Sur la vidéo réalisée par le journaliste de DHA, on peut entendre la version de l’élève. Celui-ci se présente : « je m’appelle Ibrahim, j’ai 14 ans, je suis en classe de 3è au collège Sainte-Marie à Roubaix » et explique : « On devait lire un document dans lequel l’Empire ottoman a fait un génocide arménien et moi et un camarade de classe, on a protesté ».
Et d’ajouter : « Moi, avec un ton plus ferme, j’ai dit : "Non madame, moi je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites" ».
Ensuite, un autre élève d’origine maghrébine interpelle Ibrahim avec des propos vulgaires : « De quoi tu te mêles, ton père n’était même pas dans les…(testicules) de son père ? ».
Sur ce, Ibrahim s’énerve et l’injurie à son tour avant de se faire « virer de classe » alors que son camarade qui l’a provoqué avec des propos grossiers relatifs à son ascendance n’est nullement inquiété.

Ibrahim précise clairement avoir « dit son avis » et n’avoir jamais exprimé d’opinions politiques et encore moins de « revendications nationalistes ».

Suite à la question du journaliste, on comprend que le collégien Ibrahim est un bon élève qui a de bonnes notes.

Cette affaire de stigmatisation d’un élève en raison de ses origines turques avait fait réagir notamment un professeur d’histoire de Saint-Chamond dans la Loire, Michel Renard qui a posté une lettre au chef d’établissement du collège de Roubaix. Une vidéo publiée par monsieur Renard est disponible à partir de ce lien.
Cette publication avait suscité de nombreuses réactions de soutien à Ibrahim et à la démarche très républicaine du professeur Michel Renard.

Grâce au reportage réalisé par le journaliste turc, on en sait à présent un peu plus même si l’on ne peut que déplorer le refus du principal se s’exprimer alors qu’il a accusé gravement un de ses élèves en le menaçant d’une expulsion, rien que ça !

En outre, selon nos sources, des associations arméniennes nationalistes auraient fait pression sur le proviseur du collège Sainte-Marie afin que "la sanction soit exemplaire".

Malheureusement, il semble clair que le jeune Ibrahim ne soit qu’un élève de plus qui vient alimenter, malgré lui, la triste liste grandissante des enfants franco-turcs qui sont stigmatisés, voire humiliés et menacés en raison de leurs origines par des enseignants ou des chefs d’établissement souvent zélés ou du moins qui manquent de pédagogie, de discernement et de recul sur des sujets aussi sensibles.

On ne peut que déplorer et condamner le ravage des décisions communautaristes suite au clientélisme de certains élus français qui font entrer dans les manuels scolaires des litiges qui concernent des pays étrangers. Ils importent en France un contentieux survenu à 4000 km du sol français et qui non seulement divise les historiens mais aussi la communauté nationale.

La question arménienne est un sujet tabou en France. On se souvient encore du sort réservé à Gilles Veinstein, professeur au Collège de France et spécialiste de l’histoire turco-ottomane. Le professeur Veinstein avait subi un lynchage médiatique en France et avait échappé de peu à une agression physique à Aix-en-Provence car il avait été confronté à la violence des jeunes de la FRA Nor Seround.
L’historien Maxime Gauin avait détaillé les attaques dont le professeur Veinstein avait été victime : « Malheureusement sa nomination au Collège de France lui a valu une véritable campagne de haine aux accents antisémites notamment de la part des extrémistes arméniens en raison d’un article signé de sa part et publié par le magazine "l’Histoire" en avril 1995 : "TROIS QUESTIONS SUR UN MASSACRE : Les réflexions critiques d’un spécialiste de l’Empire ottoman sur la façon dont on a écrit l’histoire du massacre des Arméniens". Dans ce texte, monsieur Gilles Veinstein, estime que l’utilisation du terme "génocide" pour qualifier le massacres des Arméniens n’est pas pertinente. Gilles Veinstein a fait l’objet des pires calomnies, subit des attaques ignobles, et lui qui était de confession juive, a même été qualifié de "négationniste" alors que ce mot est dédié selon les dictionnaires de la langue française au génocide juif et pas au cas des massacres d’Arméniens ».

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