Guillaume-Albert HOURIET : « Ni bombes ni pressions ne me feront me taire. »

Ecrit par Hakan, Radio Made in Turkey, 2014-10-02 09:44:29


Ce mardi 30 septembre 2014 à 21h, l’émission POLITIKA de la radio franco-turque, « Made in Turkey » (MIT), entamait la nouvelle saison avec un hommage à l’amitié turco-suisse. Dans ce cadre, une interview téléphonique a été réalisée en direct de Turquie avec le député suisse Guillaume-Albert Houriet.

Sur l’invité Guillaume Houriet

Guillaume Houriet est né le 31 août 1960 à Lausanne dans une famille protestante. Son père René-Albert Houriet, grand voyageur, est le fondateur du parti ouvrier populaire (POP) de Bex en 1944. Il a été député popiste au Grand Conseil vaudois (1945-1949). Guillaume, le fils, a été député durant 16 ans (entre 1986 et 2002) au Grand Conseil Bernois. Il a aussi exercé différentes professions sans lien apparents les uns avec les autres. Ainsi, il a été commerçant, professeur de natation, conférencier à l’Université d’Ankara et a même tenu une buvette de téléski. Guillaume Houriet est farouchement antiséparatiste. Il a présidé pendant 25 ans, jusqu’à fin 2007 le Groupe Sanglier qui est un mouvement de la jeunesse antiséparatiste. Le but de ce mouvement est de lutter pour le maintien du Jura dans le canton de Berne.

Guillaume Houriet, aujourd’hui, gère notamment le bar Apellikon situé dans le village/quartier de Sığacık de Seferihisar, à 50km au sud-ouest d’Izmir en Turquie. Le nom Apellikon de son bar fait référence au philosophe, bibliophile et collectionneur Apellikon réputé pour sa bibliothèque de livres rares et précieux, dans la Grèce antique. La bibliothèque d’Apellikon contenait notamment une ancienne copie très prisée de l’Iliade d’Homère ainsi que les ouvrages d’Aristote.

Guillaume Houriet a publié en 2010 une autobiographie titrée : « Une vie banale » aux éditions de l’Atelier de la Baleine à Tramelan, une commune suisse située à 15km de la frontière française où il vit.

Ce livre « Une vie banale », Il l’a écrite à la main en 2009, en 800 heures environ et sur des terrasses de bistrot, car il a eu « envie de se livrer à un exercice de mémoire ». Exercice réussi !

L’animateur Özcan Bey et son invité ont convenu la formule de vouvoiement à la turque consistant à faire suivre le prénom du qualificatif « Bey » pour les hommes.

Rencontre avec la Turquie

Guillaume Bey est un amoureux de la Turquie, même s’il n’en a pas la nationalité. Il est un baroudeur depuis tout petit à l’instar de son père. En effet, son père emmène toute sa famille en Afghanistan en 1971 au volant d’une DKV. Le père décide de ramener un ours d’Afghanistan à l’arrière de cette petite voiture où Guillaume Houriet et ses 3 sœurs sont déjà à l’étroit. Arrivés en Turquie, le père fait demi-tour et décide de remmener l’ours en Afghanistan ! Histoire autant incroyable qu’insolite et qui révèle l’âme intrépide de ce père fascinant et du fils Guillaume Houriet qui héritera de ses qualités.

Guillaume Houriet en profite pour dénoncer le régime des talibans et saluer notamment le dernier roi d’Afghanistan Mohammed Zaher Chah qui s’était inspiré de Mustafa Kemal Atatürk pour faire des réformes dans son pays.

Chypre et la Grèce

Parmi les nombreux pays que Guillaume Houriet connait bien, il y a l’île de Chypre. D’ailleurs, l’ancien président Rauf Denktaş était l’un de ses amis. Il confirme ses positions : « Depuis longtemps, on ne vendait ni bois, ni ciment, et encore moins de clous aux Chypriotes turcs. Tout cela, par la faute d‘une poignée d’extrémistes comme l’on en retrouve qu’en Grèce. Pour eux, l’extermination de la minorité turque semble inéluctable. Des sanctions avaient été promises aux Chypriotes grecs qui avaient voté contre la paix et le plan Annan mais ils ont été récompensés par une adhésion à l’UE. Même le feu président chypriote turc Rauf Denktaş ne comprenait pas pourquoi les occidentaux refusaient de voir la réalité chypriote et sanctionnaient iniquement la partie turque qui a été victime de massacres de la part des Grecs ».
Guillaume Houriet rajoute : « L’occident et la Grèce devraient remercier la Turquie qui est intervenue légitimement à Chypre en 1974 car grâce à la Turquie, le régime des colonels est tombé ».

Guillaume Houriet raconte aussi une anecdote relative aux Grecs qui sont restés figés en 1453 : « Assise à mes côtés ; la directrice d’une école privée d’Athènes me fait remarquer que le nom d’Istanbul lui écorche les oreilles » et G.Houriet de rajouter : « Le nationalisme doit être grand pour 500 ans plus tard ne vouloir parler que de Constantinople. Je plains les enfants que vous éduquez ! »

Le PKK et les Kurdes

A propos du PKK, Guillaume Houriet ne mâche pas ses mots : « Les pays voisins de la Turquie et l’ex-URSS se devaient de déstabiliser ce pays. Un ramassis de voyous se retrouva aux pieds d’Öcalan pour répandre haine et terreur dans l’est du pays et jouer les passeurs de réfugiés économiques contraints de faire passer pour politiques afin de mieux les racketter au beau milieu des démocraties occidentales. »

L’invité explique être allé à un rendez-vous pour un repas à l’ambassade de Turquie à Berne, capitale de la Suisse. Puis, on lui avoue qu’il est impossible de quitter l’ambassade car « elle est encerclée par une manifestation de séparatistes kurdes ».
Guillaume Houriet, virulent antiséparatiste, dénonce tous les séparatismes en Ecosse, en Catalogne en Suisse, en Turquie ou ailleurs car « ils nuisent à la multiculturalité ».

Sur le PKK, Guillaume Houriet expliquant : « Le repas du soir terminé dans un restaurant au bord du lac de Van, le patron sympathisant du PKK nous montrera fièrement une photo en compagnie de Danielle Mitterrand. Moi, j’ai envie de vomir ».
L’invité de conclure que finalement ce sont les occidentaux, Britanniques et Français notamment qui sèment la zizanie en Orient, « terre qu’ils ne connaissent pas du tout ».

Cette observation sera illustrée par l’historien Maxime Gauin que Norman Stone a qualifié de « formidable » à l’antenne de Politika qui a fait parvenir à la rédaction une citation de Harold Armstrong, prisonnier de guerre dans l’Empire ottoman de 1916 à 1918, attaché militaire britannique à Istanbul durant la guerre d’indépendance turque, il dit :
« On peut seulement dire que le Grec, le Turc et l’Arménien se comprennent mutuellement bien mieux que nous ne les comprenons, et tout se serait mieux passé si l’Europe les avait laissés tranquilles. »
On peut aussi élargir cela aux Kurdes bien-sûr.

Guillaume Houriet précise son opinion sur les Kurdes : « On m’a souvent reproché d’être antikurdes, il n’est est rien et je compte de nombreux amis dans l’est de la Turquie. Il leur appartient de vouloir perpétuer leurs lois claniques, leur esprit farouchement sauvage ou leur culture archaïque. Cela ne leur donne pas pour autant le droit de ne rien respecter des lois de la République ou de perpétuer encore vendetta ou crimes d’honneur. »

La question arménienne

Guillaume Houriet martèle : « Oui, je persiste et signe, il n’y a jamais eu de la part de l’Empire ottoman de volonté génocidaire vis-à-vis des Arméniens ».

Il regrette que son pays, la Suisse assimile très abusivement la contestation de la qualification de « génocide arménien » à du racisme sur la base du très controversé article 261 bis du code pénal suisse qui vise à lutter contre les discriminations raciales.

Concernant Doğu Perinçek, le président du Parti des travailleurs turc, qui a été condamné en Suisse pour discrimination raciale au titre de cet article liberticide 261bis, le député Houriet est limpide : « Une fois encore, c’est à une parodie de justice que nous avons assistée en Suisse ».

Guillaume Bey se réjouit de la décision rendue le 17 décembre 2013 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui a donné tort à la Suisse. La Cour a conclu que la justice helvétique avait non seulement violé la liberté d’expression de Doğu Perinçek mais qu’il n’y avait pas de consensus général sur la thèse du « génocide arménien ».

Il estime que le recours fait par la Suisse contre la décision rendue par la CEDH est sans fondement sérieux.

L’Azerbaïdjan et la frontière turco-arménienne

Guillaume Houriet évoque un voyage dans l’est de la Turquie à Igdir, tout près de la frontière arménienne et explique : « Les massacres arméniens sont encore dans toutes les mémoires,… la haine reste vive, renforcée par la déportation de nombre d’Azéris dans le Haut-Karabagh occupé et encerclé par les forces arméniennes. Une fois de plus, personne ne dénonce le massacre de milliers d’Azéris dans les zones occupées. ».
Pourtant, il ne sait pas expliquer la mémoire sélective de l’occident face à cette souffrance musulmane qui est totalement occultée.

Il rappelle que la guerre du Haut-Karabagh a été catastrophique. La commune azerbaidjanaise de Khodjali a été rayée de la carte par l’armée arménienne avec 613 civils azerbaidjanais massacrés. L’armée arménienne occupe 20% du territoire azerbaidjanais depuis 1990. Malgré les 5 résolutions des Nations Unies qui exigent le retrait des forces arméniennes, celles-ci ne bougent pas de leur place. Suite à une question d’un auditeur, G.Houriet estime que l’Azerbaïdjan serait légitime si elle souhaite intervenir militairement mais que la puissante Russie veille sur ses intérêts dans le Caucase et protège l’Arménie occupante.

Concernant l’ouverture de la frontière turco-arménienne, Guillaume Houriet rapporte les doutes des paysans turcs qu’il a rencontrés dans les régions proches de l’Arménie : « Que peut apporter la pauvre Arménie si ce n’est les mêmes produits moins chers et une main d’œuvre bon marché qui augmentera un chômage déjà important ? »

Et de faire valoir qu’une ouverture de cette frontière ne profitera qu’à la seule Arménie et absolument pas aux Turcs.

Un homme de convictions et de courage

Guillaume Houriet est sans nul doute un homme de conviction et surtout de courage, il clame haut et fort : « Ni bombes ni pressions ne me feront me taire. »
Précisons que l’invité de Politika a été victime de plusieurs attentats ; à la bombe contre sa maison en Suisse et des tirs sur sa personne par des séparatistes suisses !
Son domicile en Turquie a été saccagé « probablement par des activistes du PKK ».

Un admirateur d’Atatürk

Guillaume Bey ne cache pas son admiration pour Mustafa Kemal Atatürk et raconte : « Un homme libre sur une terre libre, amoureux de paix et de bien-être. N’est-il pas lui qui chassant les Grecs de Smyrne et arrivant devant l’Hôtel de Ville sur les marches desquelles on avait déposé un drapeau grec se baissa, le ramassa, et le plia parfaitement avant de dire qu’il ne voulait plus jamais voir cela, chaque nation méritant respect ».

Un lien profond et intime avec les Turcs

Guillaume Houriet aime lire, écouter des chansons turques en dégustant des pirzola ou du poisson en compagnie de ses nombreux amis turcs et ne regrette absolument rien de sa vie très colorée -qui n’a rien de « banale »-.

Il réitère toute son amitié pour les Turcs qu’ils jugent très propres, gentils, hospitaliers et bienveillants, « toujours prêts à aider son prochain ».

Et rajoute : « tant qu’il y aura toujours des chiens qui courent dans les rues, des chats qui se promènent, un vent de liberté que je pourrai respirer profondément, avoir l’odeur du jasmin, cueillir une figue, je resterai en Turquie ».

Il conclut avec émotion que s’il meurt en Turquie, il souhaiterait être inhumé dans le petit cimetière de son village turc, sous les oliviers.

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