Les Pays-Bas confirment la version turque sur l’expulsion d’Ibrahim El Bakraoui

samedi 26 mars 2016, par Hakan

La Haye a validé jeudi qu’Ibrahim El Bakraoui avait bien été expulsé de Turquie vers Amsterdam et que la Belgique en avait été notifiée. Une version que réfutait mercredi le premier ministre belge.

La version turque semble se confirmer : face au Premier ministre belge, qui soutient ne pas avoir été au courant des allées et venues de l’un des frères El Bakraoui, le ministère néerlandais de la Justice confirme jeudi que l’un des trois kamikazes de l’aéroport de Bruxelles, le Belge Ibrahim El Bakraoui, a bien été expulsé vers les Pays-Bas par la Turquie en juillet. "Les autorités turques ont exigé qu’Ibrahim El Bakraoui quitte le territoire et ont donc organisé un vol depuis Istanbul vers Amsterdam le 14 juillet 2015", a indiqué le ministre Ard van der Steur dans une lettre envoyée au parlement.

Une note passée inaperçue

Les autorités turques ont prévenu La Haye, par note déposée dans un portail électronique, mais cette note "ne présentait absolument aucune information ou clarification" sur les personnes expulsées, a ajouté le ministre. Une note similaire avait été envoyée aux autorités belges, a assuré le ministre, soulignant que "contrairement à d’habitude", il "n’y a pas eu de contact direct entre les services de police".

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait accusé la Belgique mercredi de ne pas avoir été "en mesure d’identifier" les liens entre Ibrahim El Bakraoui et le djihadisme. Ibrahim El Bakraoui a été formellement identifié par les autorités belges comme l’un des deux djihadistes qui se sont fait exploser dans l’aéroport de la capitale belge.

La Turquie s’est à plusieurs reprises plainte que les pays occidentaux ne tiennent pas compte de ses mises en garde concernant les djihadistes qu’elle expulse ou repère. Mais depuis 2013, seulement six notifications d’expulsions ont été placées dans ce portail électronique, a affirmé M. Van der Steur, répétant : "les services de police en Turquie prennent contact avec les policiers de liaison (dans le pays) s’il est question d’une expulsion".

"Il n’y avait aucune raison d’agir" au sujet de Bakraoui

Sur les six notifications placées dans le portail, cinq avaient été suivies d’un contact direct. En 2015, il y a eu environ 40 notifications des autorités turques à la police néerlandaise au sujet d’expulsions, accompagnées par des explications s’il existe des soupçons de radicalisation ou de terrorisme. "Nous invitions les autorités turques à toujours partager ces notifications avec l’officier de police de liaison, directement et à temps", a ajouté le ministre néerlandais.

Ibrahim El Bakraoui disposait d’un passeport belge, n’était pas accompagné de policiers et n’était pas enregistré dans le système, a-t-il ajouté : "il n’y avait aucune raison d’entreprendre une action à son arrivée à l’aéroport de Schiphol". Les Européens ont de leur côté longtemps dénoncé le manque de coopération d’Ankara dans la traque des apprentis djihadistes étrangers, dont la plupart rejoignent les rangs du groupe Etat islamique (EI) via son territoire. Depuis plus d’un an, Ankara a toutefois nettement renforcé ses contrôles.

Les ministres des Affaires étrangères, Didier Reynders, et de l’Intérieur, Jan Jambon, ont retracé vendredi la ligne du temps de la présence du djihadiste présumé Ibrahim El Bakraoui en Turquie au regard des informations échangées entre les autorités turque et belges, et communiquée par l’ambassade à Ankara et les services de police.

La chronologie de l’arrestation d’El Bakraoui en Turquie

Ibrahim El Bakraoui, l’un des kamikazes de l’attentat de l’aéroport de Zaventem, a été arrêté le 11 juin 2015 à Gaziantep, ville du sud de la Turquie, située à 15 kilomètres de la frontière syrienne. Le 29 juin, l’officier de liaison est mis au parfum par la police nationale turque. Trois jours plus tard, le 29 juin, l’officier de liaison communique cette information à la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée (DJSOC) de la police fédérale et celle-ci renvoie des éléments du passé judiciaire de l’intéressé à l’officier de liaison. Elle demande à l’officier de liaison des informations complémentaires concernant l’arrestation d’Ibrahim El Bakraoui.

Le 14 juillet 2015, la Turquie envoie à 10h14 une note verbale à l’ambassade belge selon laquelle Ibrahim El Bakraoui sera expulsé à 10h40 pour les Pays-Bas. A 16h00, l’ambassade prévient l’officier de liaison. L’intitulé de la note ne permet pas de déduire le caractère urgent de son contenu. Elle ne contenait pas de motif et n’appelait à aucun action.

Le 15 juillet, l’officier de liaison apprend à une réunion avec la police turque qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme. L’officier de liaison est invité par la police turque à faire parvenir une demande écrite s’il souhaite plus de détails. L’assistante de l’officier de liaison communique à 10h38 à l’ambassade belge qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté à Gaziantep. A 10h50, l’officier de liaison belge informe son homologue néerlandais.

Entre le 29 juin et le 20 juillet, il n’y a plus de communication entre l’officier de liaison et la DJSOC. Ce n’est que le 20 juillet à 10h28 que l’officier de liaison informe la DJSOC de ce que Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme et qu’il a été refoulé vers les Pays-Bas sur un vol du 14 juillet. Il dit attendre des informations complémentaires de la Turquie. L’officier de liaison demande officiellement ces renseignements à 11h25 à la police turque par courriel.

Il y aura ensuite encore quatre réunions entre l’officier de liaison et les autorités turques, les 28 juillet, 20 novembre, 8 décembre et 14 février mais le cas Ibrahim El Bakraoui n’y est plus évoqué.

Le 11 janvier 2016, six mois après le départ d’Ibrahim El Bakraoui, l’officier de liaison reçoit les renseignements demandés officiellement à la police turque. Il apparaît qu’Ibrahim El Bakraoui est suspecté d’avoir un lien avec un territoire en conflit.

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a invité à ce que les notes diplomatiques échangées le soient directement et non pas seulement via le portail des Affaires étrangères turques. Sur les six derniers cas, à cinq reprises la mise à disposition de l’information sur le portail s’est accompagnée d’un échange direct avec l’officier de liaison. A une reprise, cela n’a pas été le cas. Il s’agit de l’affaire Ibrahim El Bakraoui.

Deuxième refoulement en Turquie

M. Reynders a également indiqué que l’ambassade belge n’avait "pas connaissance" d’un deuxième refoulement d’Ibrahim El Bakraoui en août 2015, information relayée par la presse turque.

Source : avec AFP et Belga


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