L’ONU amenée à se mêler du contentieux russo-turc sur la Syrie

mardi 16 février 2016, par Hakan

Des fronts qui se multiplient, des protagonistes extérieurs de plus en plus impliqués : la guerre en Syrie est totale. Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit ce mardi 16 février 2016, à la demande de la Russie, pour débattre des bombardements effectués par la Turquie sur les positions des forces kurdes dans la province d’Alep, alors que les tirs de l’artillerie turque ont repris ce mardi matin. Entre Moscou en Ankara, deux protagonistes majeurs de la crise syrienne, la tension est encore montée d’un cran.

De nouveaux tirs d’artillerie turcs ont été signalés ce mardi matin au nord de la Syrie. Selon l’ONG Observatoire syrien des droits de l’homme, ces tirs ont ciblé à l’aube Tall Rifaat, bastion tombé aux mains des forces kurdes la veille. La presse turque rapporte pour sa part que l’artillerie a ouvert le feu sur des positions kurdes des YPG autour d’Azaz, plus au nord sur le territoire syrien.

La Turquie est favorable à une intervention militaire terrestre en Syrie, unique solution aux yeux d’Ankara pour mettre un terme à la guerre civile. Mais les Turcs n’envisagerait une telle action qu’aux côtés de leurs alliés, selon un haut responsable anonyme cité par l’Agence France-Presse, qui assure qu’il « n’y aura pas d’opération militaire unilatérale de la Turquie en Syrie ». Des propos qui surviennent alors que l’action de la Turquie en Syrie fait l’objet d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU ce mardi.

La Russie, à l’initiative de cette réunion, est « fortement préoccupée par l’usage de la force par la Turquie contre le territoire syrien », a déclaré un diplomate de la délégation russe auprès de l’ONU. Moscou en appelle à l’arbitrage des Nations unies, souhaitant que le Conseil de sécurité « évalue clairement la politique provocatrice d’Ankara qui crée une menace pour la paix au Proche-Orient et dans le monde », rapporte notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne.

Pour les Russes, Ankara soutient « directement le terrorisme international ». La Russie met donc en garde la Turquie, comme elle l’avait d’ailleurs déjà fait à Munich. Le Premier ministre russe avait alors parlé d’un « risque de déflagration mondiale en cas d’intervention turque en Syrie ». Moscou note également que la Turquie a ignoré l’appel des Occidentaux, Etats-Unis et France, à cesser ses bombardements sur des zones contrôlées par les Kurdes de Syrie.

Les autorités turques tout aussi véhémentes que leurs homologues russes

Les Kurdes ne sont pas, à proprement parler, des alliés des Russes. Dans leur combat contre le groupe EI, ils trouvent des soutiens à l’Est comme à l’Ouest. Mais la Russie appuie là où cela fait mal. Les Occidentaux sont effectivement très embarrassés face à l’attitude de leur allié turc. D’ailleurs, ce mardi, le chef de la diplomatie turque a fait part à son homologue français de son mécontentement, après que Paris a émis une protestation suite aux tirs d’artillerie subis par les Kurdes syriens.

Egalement accusé par Moscou de fournir des armes et des mercenaires aux jihadistes, le gouvernement turc a démenti, notamment par la voix de son Premier ministre, qui s’est chargé de contre-attaquer dans cette guerre verbale. Ahmet Davutoglu a tenu des propos très durs, rapporte notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette. Il accuse la Russie d’être responsable de crimes contre l’humanité en Syrie. « La Russie se comporte comme une organisation terroriste qui commet des actes barbares », a assuré le chef du gouvernement.

M. Davutoglu est allé jusqu’à comparer les actions russes à celles de l’organisation Etat islamique. Nous assistons donc, véritablement, au chapitre le plus tendu de la crise diplomatique qui oppose Ankara et Moscou, crise qui a éclaté après que les Russes sont intervenus dans le conflit syrien. La Turquie tient un discours très martial à l’encontre de la Russie, et promet de mener une riposte énergique si Moscou poursuit ses propres bombardements, responsables selon Ankara d’une nouvelle crise des réfugiés.

La vision antagoniste entre Russes et Turcs, qui n’ont ni les mêmes objectifs, ni les mêmes alliés dans la guerre en Syrie, n’est pas nouvelle. Mais elle a pris un tour nouveau à plusieurs reprises, et tout particulièrement depuis le mois de novembre dernier, lorsque la Turquie a abattu un chasseur bombardier russe, accusé d’avoir violé son espace aérien. Vladimir Poutine était alors monté au créneau, dénonçant un « coup de poignard dans le dos ».

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