Réaction du Collectif CIViC aux propos de Séta Papazian dans L’Arche

mercredi 30 novembre 2011, par CIViC

Turquie News - Nous vous proposons de découvrir la réaction du Collectif d’Information et de Vigilance Citoyenne (CIViC) aux propos tenus par Séta Papazian, présidente du "collectif van", groupuscules de propagande anti-turque et révisionniste, téléguidée par les officines nationalistes arméniennes et spécialisée dans l’agit-prop.


Séta Papazian ayant mis gravement en cause, sur le site de L’Arche [1], la population de Turquie et les Français originaires de ce pays, nous souhaitons réagir à cet article tendancieux, qui n’est contrebalancé par aucun autre.

Il est malheureusement nécessaire de rappeler, une fois encore, que selon les dictionnaires français (Larousse, Robert, Hachette, Universalis), le négationnisme consiste à nier l’existence des chambres à gaz nazies ; aucune extension de sens n’est enregistrée.

Mme Papazian s’indigne que Pierre Nora ait rappelé que les Arméniens n’étaient pas tous de simples victimes, et qu’il soit question de « massacres mutuels ». C’est pourtant un fait historique solidement établi. Dès la fin de 1914, certains officiers russes ont commencé à se plaindre des agissements des volontaires arméniens — dont une partie étaient des sujets ottomans, non russes. Ces volontaires, aussitôt les premières victoires acquises, préféraient tuer des civils musulmans et piller leurs biens plutôt que de combattre. Les rapports se sont multipliés au cours de l’année 1915, et eurent pour résultat la dissolution des unités de volontaires, en décembre : leurs membres furent rendus à la vie civile, ou intégrés dans les unités régulières (voir, notamment, Michael A. Reynolds, Shattering Empires. The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires, New York-Cambridge, Cambridge University Press, 2011, pp. 156-158). Ceux qui sont restés dans l’armée russe s’illustrèrent encore par leurs crimes bien après 1915, comme en atteste par exemple le lieutenant-colonel Vladimir Nikolaevitch Twerdokhleboff :

« Le lieutenant colonel Griazriof revenu d’Ilidja le 26 février [1918], trois semaines après les massacres, raconta avoir rencontré sur les routes conduisant aux villages un grand nombre de cadavres mutilés, sur lesquels, chaque passant arménien blasphémait et crachait. Dans la cour de la mosquée, large de 12 à 15 sagènes [25 à 30 mètres], on avait entassé des cadavres jusqu’à une hauteur de deux archines [1,4 mètres]. II y avait dans le tas des vieillards, des enfants, des hommes et des femmes de tout âge. Les cadavres des femmes portaient sur elles des signes manifestes de viol, et on avait introduit dans les organes génitaux de plusieurs d’entre elles des cartouches de fusil. Le lieutenant-colonel Griaznof fit venir dans cette cour quelques-unes des jeunes Arméniennes qui servaient de téléphonistes dans les rangs arméniens et, en guise de reproches, leur dit, en leur montrant les cadavres, de se glorifier des exploits de leurs conationaux. Il croyait les toucher par ces paroles.
Quel ne fut pas son étonnement et son dégoût lorsqu’il vit au contraire ces jeunes filles rire de joie à ce spectacle ! »
Notes d’un officier supérieur russe sur les atrocités d’Erzurum, Istanbul, 1919, http://louisville.edu/a-s/history/turks/notes_sur_les_atrocites_d_erzeroum.pdf (écrit au printemps 1918, d’après le journal de guerre officiel du régiment et les souvenirs personnels de l’auteur).

Quant au manque d’intérêt pour la question arménienne, nous le regrettons autant que Mme Papazian, mais pour des raisons différentes. Nous regrettons que l’attentat à l’explosif dont furent victime Stanford J. Shaw à Los Angeles en octobre 1977 (attentat perpétré par l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie, ASALA : http://www.start.umd.edu/gtd/search/IncidentSummary.aspx?gtdid=197710030012 ), le saccage du bureau de ce même Stanford J. Shaw en 1982 par des étudiants arméniens (Stanford J. Shaw passa les six mois suivants à Istanbul, sous la protection de la police), les innombrables menaces de morts reçues par lui et par d’autres historiens (Justin McCarthy aux États-Unis, Gilles Veinstein en France), les pressions systématiques, exercées par des Arméniens, sur les éditeurs français, aient bridé à ce point la liberté d’expression en France. Nous en sommes arrivés à un point tel que même le livre de Stanford J. Shaw Turkey and the Holocaust, publié en 1993 par les Presses de l’université de New York, et consacré au sauvetage de Juifs par les autorités turques, ne saurait être traduit en français.

Mme Papazian ne parle pas de cet aspect du problème, et pourtant ce ne sont pas les sources d’informations qui lui manquent : son groupuscule, le collectif VAN, a été créé grâce au soutien conjoint de Jean-Marc « Ara » Toranian, qui fut porte-parole de l’ASALA en France de 1976 à 1983, et de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA), qui eut sa propre branche terroriste de 1972 à 1987, et dont certains membres ont agressé M. Veinstein à l’université d’Aix-en-Provence, en mai 2000 — sans encourir, bien au contraire, le moindre reproche de la direction française ou internationale du parti.
Mme Papazian évoque des procès en diffamation, mais elle évite soigneusement de parler du procès pour injure publiqué gagné par l’historien français Maxime Gauin contre Movsès Nissanian (tribunal de Lyon, 27 avril 2010 : http://www.turquie-news.fr/spip.php?article4086 ) ou de la plainte déposée pour diffamation par l’historien américain Guenter Lewy à Washington, avec succès (il a obtenu que ses calomniateur se rétractent publiquement et lui versent une indemnité : http://www.turquie-news.fr/spip.php?article4941 ), ou encore du blâme infligé par la commission électorale de l’Ohio à David Krikorian pour avoir calomnié la députée Jean Schmidt lors des élections de 2008 (http://www.turquie-news.fr/spip.php?article2912 ).

Toujours en matière de droit, il étonnant de devoir rappeler que la « loi » de janvier 2001 est inconstitutionnelle, comme l’ont démontré des juristes aussi qualifiés que Georges Vedel, Robert Badinter et Anne-Marie Le Pourhiet.

La liste complète de toutes les approximations tendancieuses de Mme Papazian serait longue : selon une vieille formule française, « autant de mots, autant d’erreurs ». Le but de l’auteur n’est pas d’aider en quoi que ce soit à la manifestation de la vérité historique, ni même de rendre aux victimes arméniennes l’hommage qui leur est dû, mais de verser de l’huile sur le feu, de nuire aux efforts de la diplomatie française, ce qui ne profitera guère qu’aux efforts russes dans le Caucase.

Avec l’espoir de lire, à l’avenir, dans L’Arche des analyses plus objectives et plus soucieuse des faits.


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