La Turquie, puissance montante en Afrique

lundi 7 mars 2016, par Hakan

Déjà influente dans la Corne de l’Afrique, la Turquie veut désormais peser sur l’ouest du continent. Après Abidjan, Accra et Lagos, le président turc Recep Tayyip Erdogan a bouclé jeudi 3 mars à Conakry une tournée en grande pompe dans la sous-région. « Soft power » oblige, il était accompagné de plus de 200 entrepreneurs.

S’ils entretiennent depuis longtemps des liens avec le Maghreb, diplomate et hommes d’affaires turcs s’activent depuis une dizaine d’années au sud du Sahara. Dans la foulée des Chinois, des Brésiliens et des Russes, ils multiplient les contacts, mêlant humanitaire et profits. Résultats : entre 2003 et 2014, le volume des échanges entre la Turquie et le continent a plus que quadruplé, passant de 5,3 milliards à 23,4 milliards de dollars.

Comment Ankara est-elle devenue cette puissance qui compte en Afrique ?

Le tournant de 2005

L’histoire d’abord. Les Turcs ont noué des liens avec le Sud de la Méditerranée bien avant les colons anglais, français ou portugais. Au XVe et XVIe siècle, l’empire ottoman dirigé par le sultan Selim Ier conquiert de larges pans de l’Egypte et de la côte algérienne. L’expansion se poursuit en Libye sous le règne de Soliman le Magnifique, puis en Tunisie et au sud de la Mer rouge, le long d’une zone qui recouvre aujourd’hui l’Erythrée, Djibouti, le nord de l’Ethiopie et une partie de la Somalie. A la même période, la Sublime Porte se rapproche du royaume du Kanem Bornou, à cheval entre le Tchad et le Niger. L’influence religieuse de l’empire s’étend même au XIXe siècle jusqu’en Afrique du Sud.

Mais l’instauration de la République turque en 1923 marque un coup d’arrêt dans les relations entre Ankara et les anciennes dépendances de l’empire ottoman. Si une première mission officielle ouvre à Lagos en 1956, la Turquie vote la même année contre l’indépendance de l’Algérie lors d’une réunion de l’Assemblée générale de l’ONU. L’« erreur » est compensée dans les années qui suivent par la reconnaissance de tous les nouveaux Etats souverains du continent.

Il faudra toutefois attendre 1998 et le Plan d’action Afrique du premier ministre Mesut Yılmaz pour que l’ancien empire retrouve la route du Sud. Après l’arrivée au pouvoir des islamo-conservateurs de l’AKP, Recep Tayyip Erdogan est le premier chef de gouvernement turc à se rendre dans un Etat africain sous l’équateur. La visite a lieu en mars 2005, à l’occasion de « l’année de l’Afrique ». Un mois plus tard, la Turquie obtient le statut de pays observateur au sein de l’Union africaine. Un rapprochement couronnée par le premier sommet Turquie-Afrique de 2008 auquel pas moins de 50 Etats africains participent.

« La voix de l’Afrique »

Ankara, qui a vu sa candidature d’entrée dans l’Union européenne battue en brèche après des années d’atermoiements, a réorienté sa politique internationale. Porté par la ligne impulsée par le ministère des affaires étrangères de l’époque, Ahmet Dutoglu, le réseau de représentations diplomatiques turc s’étoffe considérablement en Afrique. Alors qu’il ne comptait que 12 ambassades en 2008 sur le continent, le pays dispose désormais de 39 missions. Le mouvement vaut dans les deux sens : 32 ambassades africaines sont installées aujourd’hui en Turquie.

Le pays aime à se présenter devant ses interlocuteurs africains comme leur porte-voix dans les institutions internationales. Un positionnement payant : candidate à un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU en 2008, la Turquie l’obtient en grande partie grâce aux soutiens de ses alliés africains.

Plus surprenant, Ankara se livre à une véritable « diplomatie des airs » en misant sur le développement de Turkish Airlines. La compagnie nationale, qui ne desservait que quatre villes d’Afrique subsaharienne en 2008, opère désormais des vols dans 26 pays de la zone. Objectif : détrôner la plus grosse compagnie africaine, Ethiopian Airlines, mais aussi Air France-KLM.

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