Turquie : Le scandale de corruption qui a ébranlé Erdogan resurgit

samedi 26 mars 2016, par Hakan

L’arrestation en Floride d’un homme d’affaires turco-iranien a relancé en Turquie le vieux scandale de corruption qui a éclaboussé le président Recep Tayyip Erdogan, à la veille de sa tournée américaine.

Parti en famille aux Etats-Unis pour des vacances, Reza Zarrab a été interpellé à son arrivée à Miami, inculpé avec deux autres citoyens iraniens et aussitôt incarcéré. La justice américaine lui reproche des transactions avec l’Iran en violation de l’embargo, pour lesquelles il risque jusqu’à 75 ans de prison.

La nouvelle n’a fait qu’un entrefilet Outre-Atlantique mais n’a pas échappé à la presse turque d’opposition, qui en a aussitôt fait sa "une". Car cet homme d’affaires de seulement 33 ans, marié à une célèbre chanteuse turque, est au cœur de l’affaire qui a fait trembler sur ses bases le régime de M. Erdogan, alors Premier ministre, il y a deux ans.

Au cœur du scandale, un trafic d’or avec l’Iran

En décembre 2013, M. Zarrab a été arrêté avec des dizaines d’autres proches du pouvoir pour s’être livré à un trafic illicite d’or avec l’Iran, facilité par des ministres du gouvernement d’Ankara. Quatre d’entre eux avaient alors démissionné ou été remerciés. Des écoutes téléphoniques mises sur la place publique avaient ensuite directement mis en cause M. Erdogan et son fils Bilal.

Le chef du gouvernement avait alors hurlé au "complot" et accusé son ex-allié l’imam Fethullah Gülen, très influent dans la police et la justice, d’avoir monté l’affaire de toutes pièces pour causer sa perte. Au prix d’une vaste chasse aux sorcières dans les rangs de ce qu’il a appelé "l’Etat parallèle", l’homme fort du pays a réussi à reprendre la main, à éteindre toutes les poursuites et même à remporter la présidentielle quelques mois plus tard.

En Iran, l’associé iranien de M. Zarrab, le milliardaire Babak Zanjani, a été condamné à mort le 6 mars dernier pour corruption. Mais l’affaire semblait définitivement enterrée en Turquie, au grand dam de l’opposition.

"Certains ne vont pas pouvoir dormir cette nuit"

C’est peu de dire que le rebondissement de lundi a été accueilli avec gourmandise par les détracteurs de M. Erdogan.

"Zarrab a été arrêté. Et je suis persuadé que certains ne vont pas pouvoir dormir cette nuit", s’est réjoui le chef de l’opposition sociale-démocrate, Kemal Kiliçdaroglu. "Il va parler là-bas, vous verrez. Tous les liens cachés vont éclater au grand jour".

La nouvelle est d’autant plus embarrassante pour M. Erdogan qu’il doit se rendre la semaine prochaine en visite aux Etats-Unis et que Washington refuse obstinément d’extrader son ennemi Fethullah Gülen, qui vit en Pennsylvanie.

« Il va parler »

La presse hostile au régime n’a pas été en reste. « La peur que Zarrab parle », a titré le quotidien Sözcü. « Le pouvoir est dans le pétrin », a renchéri l’éditorialiste du journal Cumhuriyet, Özgür Mumlcu, « au vu des précédentes performances du procureur, il ne faut pas être devin pour prévoir des remous politiques ».

Le procureur du district sud de New York en charge du dossier, Preet Bharara, est justement devenu le nouveau héros des anti-Erdogan. Le compte Twitter du magistrat, présenté en 2012 en « une » du magazine Time comme le « tombeur de Wall Street » pour ses enquêtes retentissantes sur les évasions fiscales dans les grandes banques, a accueilli en deux jours 160 000 « suiveurs » turcs. « Vous voulez quoi que ce soit de Turquie ? Raki, shish kebab, loukoum, tapis turc. Demandez. On est à votre service », a proposé l’un de ces nouveaux admirateurs. « Bon, j’adore le shish kebab, mais je ne pense pas pouvoir accepter des cadeaux juste parce que je fais mon travail », a prudemment répondu le magistrat américain.

Nettement moins enthousiaste, la presse gouvernementale a enfoui l’arrestation de M. Zarrab dans ses pages intérieures, voire carrément ignoré.

« Les accusations annoncées aujourd’hui devraient être un message à l’adresse de tous ceux qui essaient de cacher l’identité de leurs véritables partenaires », a indiqué lundi Diego Rodriguez, un responsable de la police fédérale (FBI) en charge de l’enquête. « Si Zarrab donne les noms de ses véritables partenaires (...), certains en Iran et peut-être en Turquie vont se sentir mal », a commenté l’éditorialiste Murat Yetkin dans les colonnes du quotidien Hürriyet Daily News.

Source : avec AFP


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