La Turquie suspend les fouilles autrichiennes à Ephèse

mercredi 21 septembre 2016, par Hakan

Après plus de 120 ans de coopération, le gouvernement d’Ankara n’autorise plus les archéologues viennois à poursuivre les fouilles menées sur le site antique depuis 1895. Vienne dénonce une décision « politique ».

Cent vingt et un ans de coopération et puis... Le gouvernement turc a décidé de ne plus autoriser les fouilles archéologiques à Éphèse, a-t-on appris dans un communiqué der l’agence turque Dogan, le lundi 7 septembre. Il ne restait pourtant plus que deux mois aux 250 scientifiques de vingt pays, dont une cinquantaine de Turcs, pour venir à bout de leur projet en cours sur l’importante cité antique grecque.

Le site antique d’Éphèse, en Anatolie près de Selçuk, est classé depuis 2015 patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Des milliers de voyageurs viennent y admirer le temple d’Artémis, une des sept merveilles du monde antique conquises par Alexandre le Grand. L’Autriche participe à des travaux d’excavations archéologiques depuis le premier permis délivré en 1895 à Otto Benndorf, le fondateur de l’Institut archéologique autrichien dont les découvertes sont entreposées depuis au musée d’Éphèse de Vienne.

Dépitée, Sabine Ladstätter, membre de l’Institut archéologique autrichien, qui dirige les opérations, dénonce une « décision une réaction aux tensions politiques » actuelles en Turquie. L’appel en août dernier du chancelier Christian Kern (SPÖ) à l’arrêt des négociations d’adhésion à l’Union européenne de la Turquie, en réponse à la politique de purge menée par le gouvernement turc suite au coup d’État avorté du 15 juillet serait le déclencheur. Ankara aurait en retour accusé l’Autriche de « racisme radical ». La Turquie a fait rappeler fin août son ambassadeur à Vienne. Elle a aussi planifié des recherches actives sur le territoire autrichien pour retrouver des partisans de Fethullah Gulen, accusé par le président Recep Tayyip Erdogan d’avoir fomenté le putsch, d’après le site d’information autrichien Orf.

Ce n’est pas la première fois que des fouilles menées par Vienne sur le territoire d’Ankara sont victimes de la politique étrangère des deux pays. L’annexion par l’Autriche de la Bosnie-Herzégovine en 1910 avait déjà entraîné une résolution turque similaire. Pourtant, « La science et la recherche ont toujours favorisé des relations étroites et peuvent représenter un lien, également en temps de conflits », a relativisé l’ancien ministre autrichien des sciences Karlheinz Töchterle.

« Avec cette étape, la liberté de la science continue de régresser », regrette l’actuel vice-chancelier et ministre des Sciences autrichien, Reinhold Mitterlehner. La liberté tout court, actuellement, au pays d’Erdogan.

Source : AFP


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