Echappées Belles : "Istanbul à la croisée des chemins"

samedi 9 janvier 2016, par Engin

Echappées Belles : "Istanbul à la croisée des chemins"

Par Sylvie Veran

Publié le 09-01-2016 à 09h00

Avec l’obs

Istanbul, à cheval entre les deux continents, symbolise le côté cosmopolite de la Turquie. Raphaël de Casabianca part à la découverte de cette ville en pleine évolution, mais qui reste attachée à ses traditions.

[*FRANCE 5 20h40*]

Dans le détroit du Bosphore, Istanbul s’étend sur deux continents : l’Europe et l’Asie. Ce nouveau volet d’"Echappées belles" nous entraîne, hors des sentiers battus, dans l’ancienne Constantinople et ses alentours. Ici, pas de détours par Sainte-Sophie, la Mosquée bleue, ou le palais de Topkapi. Ces monuments très touristiques n’apparaissent que de loin à l’image.

Et lorsque Raphaël de Casabianca, le présentateur de ce numéro, se rend au Grand Bazar c’est seulement pour acheter des épices en compagnie de Mujgan, une Stambouliote qu’il aide, chez elle, dans la préparation d’un meze traditionnel turc : une entrée à base de noix, de fromage de chèvre, de concentré de tomates, de menthe sèche et de paprika.

On s’est dit que le meilleur moyen de connaître un pays était de le découvrir en mangeant

La cuisine turque est une des plus variées au monde. C’est pour mieux la faire connaître que Djan et Boreck, deux jeunes Franco-Turcs organisent des promenades en bateau d’une rive à l’autre du Bosphore. La balade dure une journée pendant laquelle la dizaine de visiteurs goûte à une quinzaine de spécialités locales proposées dans des échoppes de rue ou dans de petits restaurants pour la plupart non répertoriés dans les guides. “On s’est dit que le meilleur moyen de connaître un pays était de le découvrir en mangeant”, explique Boreck.

Après avoir quitté ces bons vivants, direction l’appartement d’une famille qui, comme des millions de Turcs, se réunit plusieurs fois par semaine devant la télévision pour suivre l’un de ses feuilletons préférés. Des séries qui se vendent si bien à l’étranger, et en particulier en Europe centrale et au Moyen-Orient que, l’an dernier, le pays en est devenu le premier exportateur au monde devant les Etats-Unis ! Les scénarios flirtent sur des thèmes universels mais, ici, pas question de montrer un baiser ou une bouteille d’alcool à l’écran.

Vigueur et Autorité des turcs

A 200 kilomètres d’Istanbul, non loin des frontières de la Bulgarie et de la Grèce, Bursa, une œnologue sommelière francophone, nous fait visiter le domaine viticole d’une amie vigneronne, Zeynep Arca Saillie.
Dans cette région viticole, Zeynep a réhabilité 1435 hectares de vignes autour d’un hôtel de luxe qui sert une cuisine gastronomique arrosée des cépages produits sur place. Produire du vin dans un pays comptant 95 % de musulmans ? Oui, car c’est une tradition plusieurs fois millénaire que préservent nombre de Turcs.

Un homme sans moustache c’est comme une maison sans balcon

La société turque attache beaucoup d’importance à la vigueur et à l’autorité. Et pour la gent masculine, un système pileux développé en est, encore aujourd’hui, le symbole. Les imberbes en ont longtemps fait les frais…
Désormais, grâce à la chirurgie esthétique et au docteur Selahattin Tulunay, ils peuvent se faire greffer des poils au menton à partir de cheveux prélevés à l’arrière du crâne. “Un homme sans moustache, c’est comme une maison sans balcon”, dit-on ici.
Dans les villes et dans les villages, les boutiques de barbiers occupent tous les coins de rue. Pour la sociologue et réalisatrice Belmin Söylette la moustache a plusieurs significations en Turquie :
Elle représente la virilité, l’idéal masculin. A l’époque ottomane, elle était signe de pouvoir".

Nous rencontrons ensuite Adnan et Ismaël, tous deux pêcheurs de lüfer dans le Bosphore. Ces poissons, migrant de la mer Noire, sont de moins en moins présents dans les eaux d’Istanbul en raison de la pollution et de la surpêche. En 2010, un groupe d’activistes a créé l’association Slowfish pour tenter de protéger l’espèce. Un an plus tard, Ankara a cédé à leur exigence d’augmenter la taille minimum de pêche de ce poisson. Celle-ci est passée de 14 à 20 centimètres.

Contre toute attente les professionnels ont approuvé cette décision. Reste à convaincre les milliers d’amateurs qui, chaque fin de semaine, de septembre à janvier, taquinent le lüfer du haut des ponts d’Istanbul pour savourer un poisson extrêmement apprécié par les habitants de cette mégapole de près de 15 millions d’âmes.
Des trésors datant de la civilisation antique

Après un joli détour dans l’archipel des îles des princes, au sud-est d’Istanbul, sorte de Deauville turc, paradis des chats et des amoureux d’une nature encore vierge, visite du site archéologique de la citée de Troie sur la côte égéenne. Des fouilles y sont menées en permanence. Les sols regorgent de trésors datant de la civilisation antique.
Dans la région, sur le mont Ida, une chaîne montagneuse dont le sommet culmine à 1 774 mètres, nous visitons Saltouksoï, un village entouré d’oliviers centenaires. En prévision de l’hiver, Sabiré y prépare une cinquantaine de kilos de sauce à base de tomates. Une de ses amies cuit de la mélasse de figue, réputée revigorante pour les personnes âgées.

Le tourisme vert se développe dans cette région autrefois très pauvre, idéalement située entre Istanbul et Izmir, et qui compte aujourd’hui un grand parc naturel. Il y a quelques années, seule la culture des oliviers faisait vivre les locaux. En 2004, Hasan Endes et son fils Volkan ont décidé de changer d’activité et d’accueillir des touristes. Sur leurs terres, ils ont planté des arbres fruitiers et cultivent des légumes afin de nourrir sainement leurs hôtes. Ils ont construit de confortables cabanes en bois pour les accueillir.

Les Turcs, dont beaucoup d’Istanbuliotes durant les week-ends, découvrent depuis peu les plaisirs de la randonnée dans des montagnes renommées pour leur richesse en oxygène. Un dernier tour dans les Iles des Princes, en compagnie d’0znur, une jeune chef d’entreprise qui partage son temps entre la France et la Turquie, et qui rêve de devenir maire d’Antandros pour y développer des énergies durables, clôt cette jolie émission qui fait une part belle aux femmes


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