Le très pro-arménien Charles Hernu était-il un agent du KGB, ceci expliquant cela ?

jeudi 15 mars 2012, par SibiryaKurdu

Charles Hernu était un agent de l’Est
Par Dupuis Jérôme et Pontaut Jean-Marie, publié le 31/10/1996

L’ancien ministre de la Défense a été, au moins pendant dix ans, rémunéré par le KGB et ses satellites

Palais de l’Elysée, un jour de l’automne 1992. Le patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), le contre-espionnage français, a sollicité en urgence une entrevue avec le président François Mitterrand. Il serre contre lui une serviette contenant l’un des secrets les plus ahurissants de la Ve République.

Peu de temps auparavant, dans la toute nouvelle atmosphère de coopération qui s’est établie après la chute du mur de Berlin, en 1989, l’un des plus redoutables services spéciaux des pays de l’Est lui a fait parvenir un dossier classé hautement confidentiel, dont L’Express peut aujourd’hui révéler le contenu. Cette liasse de documents ultrasecrets détaille la stupéfiante histoire de la manipulation et du financement d’un homme politique qui a occupé l’une des fonctions les plus sensibles de la République pendant le premier septennat mitterrandien : Charles Hernu, très voyant ministre de la Défense de 1981 à 1985, mais également l’un des plus fidèles compagnons de François Mitterrand.

Ce jour-là, dans le bureau du chef de l’Etat, le directeur de la DST, Jacques Fournet, fait part de cette incroyable découverte au président. Celui-ci sursaute. « Après Pelat, Hernu... », murmure-t-il, abattu par cette nouvelle révélation sur l’un de ses proches, décédé deux ans auparavant. Mais la méfiance viscérale de François Mitterrand à l’égard des services spéciaux reprend le dessus. Est-on vraiment sûr qu’il ne s’agit pas d’une manoeuvre d’intoxication ? En réponse, le responsable du contre-espionnage lui livre quelques extraits des rapports venus de l’Est et, en particulier, le détail des sommes touchées par Charles Hernu. Il confie ensuite que les vérifications très poussées réalisées par les spécialistes de la DST confirment la véracité de ces documents. Encore sous le choc, le président de la République évoque quelques souvenirs de son incorrigible ami. Puis il conclut fermement : « Nous n’allons pas refaire l’Histoire. Considérez, monsieur le Directeur, qu’il s’agit d’un secret d’Etat. »
L’ordre est sans appel : ce dossier doit retourner dans un coffre pour ne plus jamais en sortir. Au sommet de l’Etat et du contre-espionnage, seuls une poignée d’initiés partageront ce secret et auront connaissance de la réaction de François Mitterrand. Il demeurera avec le nouveau pouvoir : Charles Pasqua et Edouard Balladur, puis leurs successeurs, informés, adapteront la même attitude que François Mitterrand.

Au terme d’une enquête de plusieurs mois, tant en France que dans les pays de l’Est, L’Express est en mesure de lever le voile sur cette affaire d’Etat : un futur ministre français de la Défense a été - pendant au moins dix ans - rémunéré par des agents de Moscou. C’est l’incroyable vérité que contenaient les documents venus du froid.

Le recrutement du 13 mars 1953
En 1953, Charles Hernu, 29 ans, jeune turc de la politique aux amitiés franc-maçonniques, vient de créer le Club des jacobins, un groupe d’agitateurs d’idées proches de la gauche radicale. Il incarne l’aile moderniste du radicalisme, qui souhaite porter Pierre Mendès France au pouvoir. C’est alors un personnage fantasque et séduisant, aimant la bonne chère et les jolies femmes. Il a aussi des difficultés à joindre les deux bouts, tant pour ses activités politiques que dans sa vie privée. Hernu est alors salarié du Centre national du commerce extérieur (CNCE). Cette personnalité remuante, intelligente et prometteuse attire donc, en raison de ces faiblesses, l’attention des services de l’Est.

C’est très exactement le 13 mars 1953 que le nom de Charles Hernu apparaît pour la première fois dans un rapport des services secrets bulgares, le KDS. Le jeune diplomate bulgare qu’il rencontre se présente sous le nom de Vinogradov. Il s’agirait en fait de Raïko Nikolov, officiellement troisième secrétaire de l’ambassade de Bulgarie à Paris depuis 1951, en réalité agent secret. Ce contact avec Charles Hernu s’inscrit dans la stratégie des services spéciaux de l’Est de l’époque. Ils cherchent, en effet, à recruter des Français, à des postes clefs, pouvant leur fournir des informations confidentielles, mais parient aussi sur de jeunes espoirs, susceptibles de jouer un rôle politique dans l’avenir. Les diplomates espions, qui fourmillent alors à Paris, repèrent et séduisent des responsables de la France de demain dans les domaines les plus divers. Avec Charles Hernu, Raïko Nikolov met dans le mille...

Après ce premier contact, il faut « ferrer le poisson ». Pour cela, « Vinogradov » va demander à son « ami » Charles de lui rédiger de petites notes, en apparence anodines, sur la situation politique française. Hernu lui remettra ainsi régulièrement des synthèses - notamment sur le Club des jacobins. Il adressera aussi des portraits de Gaston Defferre, de François Mitterrand, etc.

Le piège ainsi se met en place : pour prix de ses « travaux », Charles Hernu reçoit mensuellement, entre 1954 et 1956, d’abord 25 000 anciens francs (ce qui ferait 2 750 francs aujourd’hui), puis, pour certaines notes plus détaillées, de 40 000 à 50 000 francs (de 4 400 à 5 500 francs actuels).

Dans les comptes rendus des services bulgares, Hernu est identifié sous le pseudonyme d’ « André ». Un nom de code qui « officialise » son statut d’agent. L’engrenage est d’autant plus dangereux que les services bulgares, depuis les débuts de la guerre froide, sont le bras armé du KGB. En réalité, Raïko Nikolov sert d’agent recruteur pour le grand frère soviétique.

Charles Hernu confirme rapidement tous les espoirs placés en lui. Le 2 janvier 1956, sa carrière politique prend son envol : il est élu député du 6e secteur de la Seine (Aubervilliers, Saint-Denis, Montreuil, Vincennes), sous l’étiquette Front républicain. Selon Jean Guisnel, auteur d’une biographie de Charles Hernu (Fayard), les moyens mis en oeuvre par le candidat étaient déjà considérables, « disproportionnés », même, au dire de ses amis jacobins. La plus grande partie de la campagne aurait été financée, d’après Hernu, par une providentielle et généreuse mécène avec qui il vivait à l’époque.
La réussite législative de Charles Hernu a, cependant, une conséquence immédiate : les notes que le nouveau député de la Seine fait parvenir à ses « amis » bulgares prennent de la valeur. A partir de son élection à l’Assemblée nationale, il reçoit « périodiquement » de 100 000 à 150 000 anciens francs (de 10 000 à 15 000 francs actuels). Mais, en novembre 1956, son agent traitant, Raïko Nikolov, est rappelé dans son pays. Soucieux de continuer à suivre la carrière de ce politicien prolixe, un « diplomate » soviétique prendra alors le relais des Bulgares. Ce conseiller de l’ambassade de l’URSS à Paris, identifié comme Vladimir Ivanovitch Erofeev, est une grande pointure de l’espionnage soviétique en France. Très actif, ce diplomate fréquentait notamment les milieux intellectuels parisiens. Certains ont même cru voir sa main derrière la fameuse affaire des fuites (qui défraya la chronique en 1954) : les experts estiment qu’il aurait pu jouer un rôle dans l’ombre du directeur du Libération de l’époque, Emmanuel d’Astier de La Vigerie.

Voilà donc Charles Hernu adopté par l’ambassade soviétique à Paris. Il est vrai que, politiquement, il est alors plutôt partisan d’une alliance avec les communistes. Quelques mois auparavant, d’ailleurs, en mai 1956, il part avec une délégation du Conseil mondial de la paix, un mouvement cryptocommuniste, pour Moscou, afin de rencontrer Nikita Khrouchtchev. Ce voyage donnera lieu à une scène relatée par Jean Guisnel, qui montre, pour le moins, l’étonnant comportement de l’impétueux député : il disparaît mystérieusement un soir dans un taxi devant l’hôtel Rossia, à deux pas de la place Rouge, sous les yeux inquiets du chef de la délégation française, d’Astier de La Vigerie. Il ne réapparaîtra qu’à 4 heures du matin, cette seule excuse à la bouche : « A Moscou, les prostituées racolent en taxi... »

A Paris, sous la houlette des Soviétiques, répondant toujours au pseudonyme d’ « André », Charles Hernu continue de percevoir des versements de 100 000 à 150 000 anciens francs. La stratégie des services de l’Est est en effet toujours la même : remettre des sommes qui permettent de « tenir » leurs interlocuteurs, créer un besoin, mais ne jamais donner trop, ce qui pourrait attirer l’attention.

300 000 francs pour « André »
Après le retour du général de Gaulle et la dissolution de l’Assemblée nationale, en 1958, Charles Hernu se présente aux législatives à Noisy-le-Sec. Les services de l’Est vont faire, à cette occasion, un gros investissement sur « André » : en novembre, ils lui remettent 3 millions d’anciens francs (soit l’équivalent de 300 000 francs aujourd’hui), pour aider au financement de sa campagne. Une somme considérable à l’époque. Le candidat Hernu bourre les boîtes aux lettres de ses électeurs de photos le représentant, avec le slogan « Votez Hernu, vous serez défendu ! ». Mais c’est un fiasco : balayé, comme François Mitterrand et Pierre Mendès France, par le raz de marée gaulliste, il recueille 5,3% des voix.

Un autre événement va distendre les liens entre « André » et son agent traitant soviétique. Dans la nuit du 26 au 27 juillet 1961, l’OAS dépose une bombe dans la cage d’escalier de son domicile, rue de Ponthieu, à deux pas des Champs-Elysées. Il échappe de peu à l’attentat. Mais, conséquence inattendue, il va bénéficier dès lors d’une protection policière et va donc demander aux Soviétiques de cesser tout contact. Difficile en effet de rencontrer un espion sous surveillance rapprochée !

La main passe à la Securitate
Mais les agents de l’Est ne lâchent pas si facilement prise. C’est ainsi que la route d’Hernu va recroiser, « par hasard », celle d’un autre service communiste, particulièrement efficace : la Securitate roumaine, dirigée, en France, depuis décembre 1958, par le redoutable Mihaïl Caraman. Tout d’abord conseiller pour les affaires économiques et financières, puis premier conseiller de l’ambassade de Roumanie à Paris, Caraman s’est rendu célèbre en « retournant » plusieurs fonctionnaires de l’Otan, comme l’ont raconté Pierre Accoce et Daniel Poujet dans Le Réseau Caraman (Fayard, 1972). Son exceptionnelle longévité en France - onze ans - lui a permis de croiser le Tout-Paris, avec d’autant plus de facilité qu’à l’époque Ceausescu apparaissait comme le plus progressiste des chefs d’Etat du bloc de l’Est. Mihaïl Caraman, charmeur et francophile, amateur d’art et maître espion, n’avait pas son pareil pour séduire ses « cibles » en rapprochant l’ « indépendance » roumaine à l’égard de Moscou des positions antiaméricaines du général de Gaulle.

L’un des agents de Caraman lie donc contact avec le très coopératif, bavard et impécunieux Hernu. Après en avoir averti les Bulgares et toujours sous le contrôle du KGB, omniprésent, les Roumains vont, eux aussi, investir sur Charles Hernu, qui hérite d’un nouveau pseudonyme : « Dinu ». Le 14 décembre 1962, il fait l’objet d’une note complète de la Securitate, qui rappelle ses antécédents avec les services de l’Est et préconise de l’utiliser pour le renseignement politique. Là encore, les Roumains ont fait un bon choix : Charles Hernu vient de participer à la fondation du PSU et il est en train de se rapprocher de François Mitterrand. Il accepte à nouveau de rédiger des synthèses politiques sur la situation française, moyennant finances. Le 19 février 1963, il rencontre même l’officier traitant de la Securitate à Paris, qui en rendra compte à Bucarest dans une note datée du 8 mars.

La production de Charles Hernu est cependant très inégale. L’un de ses rapports s’attirera d’ailleurs cette mention sévère de Mihaïl Caraman, dans un message à la centrale : « Information politique sans intérêt »... D’autres collaborations, en revanche, comme le dossier consacré au PSU (nom de code : « Monaco »), paraissent passionner Bucarest. Mais aussi Moscou. A tel point que, cette même année 1963, le KGB récupère à son profit l’agent « André-Dinu ». Le tout-puissant KGB décide dorénavant de se passer des intermédiaires bulgare et roumain : à partir du 29 mars 1963, Charles Hernu est directement traité par la centrale soviétique. Dès lors, les pays satellites ne sauront plus rien de ce qui se passera. Les relations de Charles Hernu avec les Russes ont-elles été interrompues ? Ont-elles continué ? Si oui, jusqu’à quand ? Avec quels résultats ? Le fameux dossier remis à la France en 1992 ne le dit pas.

La tentative roumaine de 1982
En tout cas, l’ « investissement » soviétique sur Charles Hernu, dans les années 60, qu’il ait continué ou non, a été couronné de succès au-delà de tout ce que Moscou pouvait imaginer. Tout au long des années 70, Hernu est le spécialiste de la chose militaire au sein du Parti socialiste, principal parti d’alternance. Il crée en particulier, en avril 1974, le Coran (Convention des officiers de réserve pour l’armée nouvelle), qui fusionnera bientôt avec la commission de la défense du PS. C’est lui qui définira la politique du parti pour les questions militaires et nucléaires.

Ce qui ne l’empêche pas, surtout après avoir quitté son emploi au Centre national du commerce extérieur, de tirer le diable par la queue. Toujours en quête d’argent, selon ses proches, il sait pourtant se montrer généreux à certaines occasions. En 1971, il frôle une mise en cause judiciaire en raison de ses liens étroits avec Claude Lipsky, escroc de haut vol et principal protagoniste du scandale de la Garantie foncière. Mais, en mars 1977, il trouve enfin un fief électoral : il est élu maire de Villeurbanne, dont il deviendra député l’année suivante.

Arrive 1981 : l’apothéose. Ce vieux grognard du nouveau président de la République devient, tout naturellement, ministre de la Défense. Certains de ses anciens traitants roumains et bulgares assistent avec stupéfaction à la formidable promotion de leur ex-ami « André-Dinu ». Charles Hernu, à son nouveau poste, règne sur la politique nucléaire, les services secrets et la défense stratégique de la France. Les services roumains, qui ont transformé leur pays en un terrible Etat policier, comprennent tout le parti qu’ils peuvent tirer d’une telle promotion. Un bilan de l’activité de l’ « agent » Hernu est dressé à l’attention de Nicolae Ceausescu le 1er septembre 1982 : il rappelle le rôle prépondérant de Charles Hernu dans la composition du gouvernement de Pierre Mauroy et précise que les services spéciaux français auraient lancé une campagne contre la Roumanie. Ne sachant pas ce que le KGB a fait après 1963 avec Charles Hernu, la Securitate songe alors, à la suite de cette note, à renouer contact avec le nouveau ministre français de la Défense. L’agent traitant direct de Charles Hernu dans les années 60 étant décédé, les Roumains envisagent de tenter une approche à partir de Genève. L’opération, jugée trop hasardeuse, est finalement abandonnée.

Mais les éléments précis, et notamment financiers, contenus dans les archives toujours méticuleusement tenues par les pays de l’Est constituaient une terrible épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête du nouveau responsable de la Défense. D’autant que, généralement, les officiers des pays communistes avaient coutume de demander un reçu à leur « source » lorsqu’ils lui versaient de l’argent. De plus, chaque contact donnait lieu à un compte rendu transmis à Bucarest, à Sofia ou à Moscou. Et les nombreux « travaux pratiques » et analyses de Charles Hernu étaient soigneusement archivés à l’Est. La divulgation publique de ces éléments - même en 1992, lorsque François Mitterrand en prit connaissance - sur l’homme qui, de 1981 à 1985 (jusqu’à sa démission après l’affaire Greenpeace), fut responsable de la défense nationale française aurait déclenché une crise internationale. A ce poste, Charles Hernu a eu en effet à gérer, notamment, la crise des missiles SS 20 avec l’URSS...

Aujourd’hui encore, la question reste donc ouverte : les Russes ont-ils fait jouer cette arme secrète contre Charles Hernu après 1981 ? La réponse se trouve enfouie dans les archives les plus secrètes du KGB, à Moscou. Alors que nombre de dossiers de l’espionnage soviétique sont apparus depuis la chute du mur de Berlin, le « dossier moscovite de Charles Hernu » demeure invisible. Les années qui ont précédé la prise en charge exclusive de l’agent Charles Hernu par le KGB le rendent évidemment capital.

- Bio express
3 juillet 1923 : naissance à Quimper.
7 décembre 1951 : création du Club des jacobins.
2 janvier 1956 : élu député de la Seine.
1958 : battu aux législatives à Noisy-le-Sec.
1962 : battu à Lyon.
1967 : battu à Saint-Etienne.
1968 et 1973 : battu à Châteauroux.
1977 : élu maire de Villeurbanne (réélu en 1983 et 1989).
1978 : élu député du Rhône (réélu en 1981, 1986 et 1988).

1981 : ministre de la Défense.
20 septembre 1985 : démission du ministère de la Défense.
Juin 1986 : Mitterrand le fait chevalier de la Légion d’honneur.
17 janvier 1990 : lors d’un meeting en faveur de l’Arménie, il décède d’une crise cardiaque.

- L’affaire Guillaume
C’est l’espion qui a entraîné la démission du chancelier Brandt, en 1974 : Günter Guillaume, originaire d’Allemagne de l’Est, avait réussi à gravir tous les échelons du Parti social-démocrate ouest-allemand, jusqu’à devenir le secrétaire particulier de Brandt. Démasqué par les révélations d’un transfuge, il avait, pendant dix-huit ans, livré des informations capitales à la Stasi et au KGB. L’affaire a provoqué un séisme politique en Europe. Condamné à treize ans de prison, Guillaume a été échangé en octobre 1981 contre plusieurs espions est-allemands.

- L’affaire Profumo
Ministre de la Guerre de Sa Majesté entre 1960 et 1963, John Profumo était tombé sous le charme de la call-girl Christine Keeler. La belle partageait ses faveurs avec un officier du GRU (le renseignement militaire soviétique) en poste à Londres, Evgueni Ivanov. Le ministre, qui a toujours nié avoir livré des secrets d’Etat sur l’oreiller, a été contraint de démissionner, provoquant la chute du gouvernement Macmillan et l’arrivée des travaillistes au pouvoir.

- Philby
Le KGB a réussi un coup de maître en recrutant à Cambridge, entre 1934 et 1936, cinq jeunes membres de la gentry. Guy Burgess et Donald Maclean, tous deux diplomates, se réfugieront à Moscou en mai 1951. Kim Philby fera de plus grands dégâts, puisqu’il est chargé, à partir de 1956, du département antisoviétique au sein du MI 6, le service de renseignement britannique. Mais, écarté et devenu journaliste, il finira lui aussi par se réfugier à Moscou en 1963. Les noms des deux derniers seront connus beaucoup plus tard : Anthony Blunt, historien d’art, proche de la reine, a été démasqué en 1979 par l’écrivain Andrew Boyle. Il avait avoué sa trahison aux services britanniques. John Cairncross, enfin, paisible retraité écossais vivant en France, a été identifié voilà cinq ans.

DROIT DE RÉPONSE publié dans le N° 2481 du 21/01/99 P. 32
Dans un article de votre numéro du 31 octobre au 6 novembre 1996, annoncé en première page sous le titre « Avant d’être ministre de la Défense de François Mitterrand, Charles Hernu était un agent de l’Est », vous avez porté la plus grave des accusations contre Charles Hernu, alors que le « dossier » que vous présentez (pages 25 à 34) n’est en fait qu’un récit unilatéral.
Dans la mesure où L’Express ne nous a jamais proposé de présenter notre point de vue sur cette affaire, nous sommes dans l’obligation d’agir par la voie et dans les limites du droit de réponse. Nous contestons donc formellement le sérieux de ce « dossier », étant observé que les seuls éléments publiés jusqu’à ce jour se réduisent à quelques pages en roumain tapées à la machine, sans aucun tampon, ni signature, ni possibilité d’identification, prétendant que Charles Hernu aurait reçu de l’argent en échange d’informations. Si cela vous suffit pour accuser aussi gravement la mémoire d’un homme qui n’est plus là pour se défendre, alors il est clair que nous n’avons pas la même conception de l’honneur ni de la vérité. Vos lecteurs et la justice apprécieront.
MM. Jean-Charles Hernu, Jean-Michel Hernu et Patrice Hernu

La réponse de L’Express
Un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 9 novembre 1998 nous contraint d’insérer ce droit de réponse. Nous l’avions pourtant déjà publié dans notre page Forum le 6 novembre 1997. Depuis ce texte de la famille Hernu, rédigé voilà plus d’un an, une instruction judiciaire, menée par le juge Jean-Paul Valat, et la levée du secret-défense sur le dossier Hernu ont confirmé qu’un dossier de 87 pages avait été remis par les services secrets de Bucarest à la DST en 1992 (voir le dossier publié dans L’Express du 29 octobre 1998). 

Source : http://www.lexpress.fr/informations/charles-hernu-etait-un-agent-de-l-est_619034.html

Secret défense
Hernu espion Le dossier intégral

Par Dupuis Jérôme et Pontaut Jean-Marie, publié le 29/10/1998

Ce document inédit confirme ce que L’Express dévoilait le 31 octobre 1996 : Charles Hernu fut bien un agent de l’Est

Charles Hernu était un agent de l’Est », titrait L’Express le 31 octobre 1996. Une révélation qui avait provoqué une grande émotion en raison de la responsabilité et de la personnalité de l’ancien ministre de la Défense de François Mitterrand. Une révélation qui avait également suscité polémiques et débats passionnés. Deux ans plus tard, le rapport intégral, que nous publions, confirme notre enquête. Pour preuve, nous livrons à nos lecteurs la totalité du dossier de l’agent Hernu, longtemps classé secret défense. Un rapport long de 87 pages qui détaille les relations de Charles Hernu avec les services secrets bulgares, soviétiques et roumains dans les années 50 et 60.

L’ensemble constitue un document exceptionnel sur les méthodes et les pratiques de l’espionnage du bloc communiste sur le territoire français au plus fort de la guerre froide. On pénètre dans les coulisses des services secrets qui tissent leur toile autour d’un jeune député dont ils ont très tôt deviné le potentiel. Leurs rapports fourmillent de portraits d’hommes politiques, de détails sur le financement des partis et des journaux, mais aussi de références plus sensibles à la guerre d’Algérie, à des télégrammes chiffrés du Quai d’Orsay, voire à des informations confidentielles sur l’Otan.

Au fil des pages, on y découvre des comptes rendus de rencontres avec un espion roumain, des portraits de Charles Hernu dressés par ses agents traitants ainsi que les informations qu’il livre sur le monde politique français. On y trouve également un rapport de synthèse du KGB qui fait le point sur ses activités de renseignement et détaille les rémunérations qu’il a perçues. Enfin, après la nomination de Charles Hernu au gouvernement, en 1981, les services secrets roumains adressent une longue note à Nicolae Ceausescu. Autre document étonnant, daté de 1982 : une tentative de chantage sur le ministre, en se servant de ses anciens liens avec les services secrets de l’Est.
Aujourd’hui, un juge d’instruction parisien, Jean-Paul Valat, examine toutes ces pièces : le magistrat a obtenu, le 30 juillet dernier, du Premier ministre, Lionel Jospin, la levée du secret défense sur le dossier Hernu. Le 3 septembre, il s’est rendu à la DST pour se faire remettre les documents et consulter les microfilms originaux. Il mettait ainsi fin, officiellement, à six longues années durant lesquelles le dossier Hernu était l’un des secrets d’Etat les mieux gardés de la République mitterrandienne.
C’est en effet en 1992 que le patron des services secrets roumains, Mihaïl Caraman, a apporté ce dossier au contre-espionnage français. Dans l’atmosphère d’ouverture qui suit l’effondrement du bloc communiste, les services roumains, désireux d’instaurer une collaboration technique avec la France, veulent faire un geste de bonne volonté.

Mihaïl Caraman est du reste une vieille connaissance de la DST : conseiller à l’ambassade de Roumanie à Paris de 1958 à 1969, il avait monté un redoutable réseau d’espionnage qui pillait notamment les secrets de l’Otan. Ironie du protocole : le maître espion accompagnera, en 1968, son nouvel ambassadeur, Constantin Flitan, venu présenter ses lettres de créance à l’Elysée, ce qui lui vaudra d’être photographié serrant la main au général de Gaulle (voir photo ci-contre). Cela ne l’empêchera pas d’être expulsé l’année suivante, après qu’un colonel français qu’il avait recruté se fut suicidé.

En 1992, la DST examine donc avec beaucoup d’intérêt le dossier remis par Caraman. L’ancien sous-directeur Raymond Nart, grand spécialiste de l’espionnage soviétique, a été interrogé à trois reprises, ces derniers mois, par le juge Valat : « La DST a fait les vérifications habituelles en mettant sur l’affaire trois personnes, moi y compris, a-t-il déclaré. (...) Ces documents sont incontestablement authentiques, par leur origine, leur forme et leur contenu. On reconnaît bien le style soviétique, qui servait de modèle à l’ensemble des services des pays satellites. Dans le système soviétique et des pays satellites, le rédacteur de compte rendu de contact n’indiquait ni les noms de famille ni les noms de lieu, pour que les dactylos ne le reconnaissent pas. Ces noms étaient rajoutés à la main après la frappe. (...) Ce dossier est authentique : il aurait fallu toute une équipe de gens particulièrement avertis non seulement de la politique française mais aussi des us et coutumes de la Securitate pour l’établir. A posteriori, cela est totalement impossible.

Fort de cette analyse, le directeur de la DST de l’époque, le préfet Jacques Fournet, va informer personnellement le président de la République, François Mitterrand. Celui-ci lui ordonne de considérer ce dossier comme un secret d’Etat et de l’enfouir dans un coffre-fort. De fait, pendant quatre ans, personne n’en entendra parler. Après les révélations de L’Express, en 1996, le préfet Fournet confirmera l’existence de ce dossier, ce qui lui a valu, la semaine passée, une inhabituelle mise en examen pour « violation du secret professionnel ».

Si presque tous les spécialistes du renseignement s’accordent à considérer que les documents révélés par L’Express sont authentiques, Patrice Hernu, fils de l’ancien ministre, lui, crie à la « manipulation ». Le 31 octobre 1996, dans Le Parisien, il déclarait : « Il s’agit d’un montage aux coutures grossières », avant d’ajouter, dans Le Figaro du 20 janvier 1997 : « Ce dossier est un faux initialement confectionné en France au sein de l’extrême droite... » Après que le magistrat eut obtenu la levée du secret défense, Patrice Hernu a pu consulter ce fameux dossier, qu’il n’avait jamais lu. Si l’on en croit certaines fuites distillées dans Le Figaro et dans Le Point, le dossier serait, selon lui, non plus un « faux », mais une manipulation montée par les services roumains en 1982 à partir d’éléments tantôt vrais, tantôt faux... Une hypothèse alambiquée et, on l’a vu, totalement démentie par les spécialistes du contre-espionnage français.

Le juge Valat va donc s’attacher maintenant à un travail d’expertise de ce dossier qui, selon Le Monde, qui en a également eu connaissance, « est au centre des accusations visant l’ancien ministre de la Défense de François Mitterrand ».

Reste à mesurer l’engagement exact de Charles Hernu auprès des services secrets de l’Est. S’agissait-il seulement, comme certains l’insinuent, d’un agent de second ordre, d’un homme imprudent et bavard qui, après tout, n’a pas livré de secrets d’Etat mais des informations politiques contre des sommes modestes ? L’étude du dossier révèle une réalité beaucoup plus inquiétante : recruté par les Bulgares en 1953 sous le pseudonyme d’ « André », il passe entre les mains du KGB quatre ans plus tard. Les Soviétiques n’hésiteront pas à financer généreusement sa campagne électorale pour les législatives de 1958. Aussi, quand les Roumains repèrent à leur tour Hernu - nom de code : « Dinu » - en 1962, le Grand Frère leur demande de se retirer. Il ne veut pas que Bucarest marche sur ses plates-bandes.
Que s’est-il passé ensuite ? A l’époque, les Roumains, obéissants, ont cessé tout contact. Mais, après sa nomination comme ministre de la Défense, en 1981 - divine surprise ! - les services secrets de Bucarest envisageront une reprise de contact avec leur ancien « ami ». On ne sait si cette opération, qui devait être organisée de Genève, a eu lieu. On ne sait surtout pas ce qui s’est passé entre Charles Hernu et le KGB après 1963. Les Soviétiques laissent entendre que les contacts auraient cessé ; mais les Roumains en doutent, convaincus que le KGB veut couvrir son agent. Ce secret dort toujours dans les coffres de la place Dzerjinski, à Moscou. Il reste qu’un ancien ministre de la Défense d’un grand pays occidental a eu des relations plus que compromettantes avec des services secrets du bloc communiste à une période de sa vie. 

Source : http://www.lexpress.fr/informations/hernu-espion-le-dossier-integral_630939.html

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 70 :

"Le soir de la victoire du 10 mai 1981, les dachnaks participent, en France ou à l’étranger, à l’ivresse populaire qui gagne le peuple de gauche et scandent eux aussi le slogan : « On a gagné. » A la lecture du discours de F. Mitterrand à Mexico, certains voient même dans la France socialiste une terre dachnak favorable aux peuples en lutte. Le gouvernement de Pierre Mauroy compte plusieurs ministres arménophiles. Le PS de Lionel Jospin prête une oreille attentive à la FRA dont les démarches auprès des socialistes transitent par un poids lourd du gouvernement, C. Hernu."

"Les filières arméniennes", L’Express, 20-26 novembre 1981, p. 55 :

"Le 10 octobre, Charles Hernu affirmait encore que les Arméniens avaient « un état de liberté à conquérir » à l’égard des Turcs, qui appartiennent « hélas ! » disait-il, à l’Otan."

Mehdi Malek, "France-Turquie", Jeune Afrique, 4 novembre 1981, p. 33 :

"Le gouvernement turc n’a pas du tout apprécié l’allocution qu’a prononcée M. Charles Hernu, le 10 octobre, devant le Comité culturel arménien de Decines (Rhône). Précisant qu’il parlait au nom du gouvernement français, le ministre de la Défense a notamment évoqué les menaces que les Arméniens reçoivent « de gens qui appartiennent, disent-ils, à l’Europe et que moi, je dis, hélas, à l’OTAN... » Il a ajouté : « Lorsqu’il y a des agressions, il faut toujours se demander qui est le véritable agresseur. Est-ce un peuple rescapé du génocide qui agresse les Turcs, ou les Turcs qui sont les agresseurs ? » "

"France et Turquie Occupation du consulat général de Turquie à Paris avec prise d’otages par un commando terroriste arménien le 24 septembre 1981 (un mort et trois blessés)", Revue générale de droit international public, volume 86, n° 1, 1982, p. 374 :

"(...) le gouvernement turc devait réagir très vivement contre certains propos inopportuns tenus par des membres du gouvernement français. Le 13 octobre le ministre turc des Affaires étrangères, M. Ilter Turkmen, qualifiait d’« inconscientes » les déclarations faites le 10 octobre à Villeurbanne, devant une association culturelle arménienne, par le ministre de la Défense, M. Charles Hernu, lequel avait souligné la nécessité par l’Arménie « d’obtenir à nouveau des territoires qu’elle a perdus ». Un porte-parole du Quai d’Orsay précisa le même jour que ces propos, tenus à titre personnel, n’engageaient pas le gouvernement français."

Voir également : La France socialiste de François Mitterrand et Lionel Jospin face à la question arménienne

La déception du socialiste arménophile Gaston Defferre devant le déchaînement du fanatisme arménien en France

L’opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l’entrée de la FRA-Dachnak au sein de l’Internationale socialiste

Le socialiste français Jean Jaurès : un arménophile et un fidèle soutien de la Turquie des Jeunes-Turcs

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Le terrorisme arménien en France : images d’archives

Le contexte international de la formulation de la revendication génocidaire arménienne (1965)

La turcophobie exacerbée de l’historiographie arménienne et les buts stratégiques de l’URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d’Arménie par celui de la RSS de Géorgie

Les relations des trois principaux partis nationalistes arméniens (Ramkavar, Hintchak, Dachnak) avec le totalitarisme soviétique

L’union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)

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Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

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Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/201...






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