Désabusée par la « Patrie » une famille arménienne de Syrie quitte Erevan pour Tbilissi

jeudi 15 novembre 2012

par Mariam Mughduchyan

Sur la frontière Géorgie-Arménie, nous avons été forcés d’attendre relativement longtemps. Apparemment, quelque chose n’allait pas avec le passeport de l’un de mes compagnons de voyage.

“ Ils viennent de Syrie. Ils vont regarder et vous ferons rebrousser chemin “, a dit le chauffeur, irrité.

“ Il n’y a qu’à voir l’argent qu’ils récoltent au cours de ces marathons “, dit la femme aux cheveux roux.

Ils vinrent. Ce qui n’allait pas, c’était quelques erreurs dans les passeports des enfants. Une famille, les parents et leurs enfants, âgés de deux et quatre ans.

Ils étaient de Syrie. Ils étaient venus en Arménie il y a deux mois. A présent, ils arrivaient de Géorgie.

“ Nous avons fui la guerre en Syrie. Le jour où nous sommes partis, les obus tombaient par vagues, un chauffeur de taxi arménien nous a chargés et conduits à l’aéroport. Mon mari n’a même pas pu aller voir son père alité et malade pour lui dire au revoir. Il n’habitait qu’à une centaine de mètres de chez nous. Les obus tombaient tout autour de nous. C’est un miracle que nous n’y soyons pas restés “ raconte Helen Tarchinian.

Ils se sont débrouillés pour avoir un billet d’avion pour l’Arménie pour deux fois le prix. Tout ce qu’ils ont eu à leur arrivée en Arménie, c’est une brochure avec le numéro de téléphone d’un cabinet d’avocat. Rien n’y était mentionné sur le “ Ari Toun “ (Retour chez Soi) dont avait parlé la Ministre des Affaires de la Diaspora.

“ Nous avons appelé ce numéro et ils ont réclamé 100 dollars pour un conseil. Nous avons cessé tout contact avec eux “, dit Saeed Garikian, le mari d’Helen.

Le couple a loué un appartement à Erevan, et a commencé à rechercher un emploi. Leur odyssée arménienne avait commencé.

Dans leur efforts pour prendre pied, ce qui les a le plus étonnés est l’indifférence des autorités arméniennes pour le sort des Syriens laissés derrière eux en Syrie.

“ IL y a beaucoup d’Arméniens dans une situation terrible en Syrie, qui rêvent de s’en aller, mais ce qui arrivent ici se retrouvent dans une situation encore pire. Beaucoup ne font que vouloir retourner et mourir dignement plutôt que de rester en Arménie et vivre une vie de mendiants. Je connais des personnes qui sont retournées, dégoûtées, dit Sayid.

Tandis que nous parlions, le petit Alex commença à pleurer. Il était fatigué par le long voyage. “ Nous sommes devenus des errants avec nos enfants “, murmura Helen pour elle-même.

J’ai demandé :

“ Pour trouver du travail. La situation est meilleure là-bas. La connaissance de l’anglais est mieux considérée. En Arménie, ils ne veulent que des gens parlant le Russe. Mais même si je parlais le russe, je ne serais pas engagée. Je n’ai pas de contacts “

“ N’est-ce pas la même chose en Géorgie ? “

“ Là-bas, ce n’est pas comme cela. Nous sommes venus en Arménie pour résoudre les problèmes de passeport de nos enfants. Lorsque cela sera fait, nous retournerons en Géorgie. Il y a au moins un espoir que les choses iront mieux là-bas. En Arménie, lorsqu’ils se rendent compte que vous arrivez de Syrie, ils essaient de vous duper, d’obtenir quelque chose de vous.

Sayid est pharmacien. Beaucoup lui ont promis un emploi mais rien ne s’est passé. Les économies de la famille vont bientôt être épuisées.

La famille a vu son départ pour la Géorgie comme la seule issue. Ils ont passé les deux dernières semaines ici et ils se sont aperçu que les chances de trouver un emploi étaient plus élevées.

Ils voient la Syrie et l’Arménie ensemble comme leur patrie. A présent, cependant, ils ont été forcés de chercher une autre patrie.

Ils se sentent humiliés et insultés par les fonctionnaires en Arménie et choqués par les comportements locaux.

“ Une fois, je suis allé poser une question à la Mairie d’Erevan. Je suis entré dans la salle et j’ai vu que les employés fêtaient l’anniversaire de l’un d’entre eux. Une employée m’a dit de revenir un autre jour. Elle me dit : “ ne voyez-vous pas que nous sommes occupés à fêter un anniversaire ? “ Sa femme le gronde un peu pour avoir raconté cette histoire, mais Sayid a été très contrarié par cet incident.

Plus tard, ils se sont rappelés qu’en Syrie, que le chauffeur de taxi arménien qui les avait conduits à l’aéroport avait été tue par les rebelles.

“ Je n’ai pas dit au revoir à mon père. Mes parents sont restés en Syrie,... “ Nous sommes restés silencieux.

Helen allait à Spitak pour y voir des parents. Sayid se rendait à Erevan.

Dans le taxi, les passagers riaient en se racontant des blagues. Sayid était ailleurs. Peut-être ne comprenait-il pas leur humour. Peut-être même que cela lui cassait les oreilles.

PS A mon retour en Arménie, j’ai trouvé Helen sur Facebook. Elle m’a dit qu’ils étaient établis en Géorgie pour de bon.


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